EDITO - La Vie Privée est-elle un business ?

L’affaire Snowden avait ouvert la boite de pandore des données personnelles. En quelques années chacun a pris conscience des risques, dans un monde où l’on ne pourra bientôt plus faire la différence entre le réel et le virtuel. Une vraie gueule de bois après 15 ans d’angélisme technocentrique.

Sondage après sondage l’internaute confirme un sentiment de méfiance généralisée. Le dernier en date (réalisé fin décembre 2015 aux Etats-Unis par Ipsos pour Trust-e) note une préoccupation en hausse de 45% par rapport à l’an dernier, concernant le sujet de la « privacy ».

Concrètement, cela veut dire que les informations fournies spontanément par les utilisateurs sont de moins en moins fiables.

On marche sur la tête : l’expérience-utilisateur est dégradée par un déluge de messages publicitaires plus ou moins qualifiés. 60% des e-mails sont du spam et la prolifération des « adblockers » est devenue un gros sujet d’inquiétude pour les communiquants. Pourtant les annonceurs dépensent des fortunes pour essayer de micro-segmenter leurs audiences et de traquer - à l’aveugle - le consommateur dans ses moindres désirs. On reste fondamentalement dans une logique de mass-media inadaptée à la nature-même du Net.

Les gouvernements ne sont pas en reste. En Europe, les derniers mois ont été riches en péripéties, avec la dénonciation de l’accord CEE-USA dit « Safe-Harbour », qui ne garantissait pas la protection des données personnelles captée par les fournisseurs de services américains (essentiellement les GAFAs), et l’adoption d’une nouvelle Directive, la GRDP (General Regulation on Data Protection), beaucoup plus contraignante.

Lisez : on en remet une couche sur les contraintes de traçabilité ; ce n’est pas demain que le coût de maintien en conformité va baisser…
Les petits malins de l’internet, eux, l’ont bien compris : si les données personnelles sont le nouveau pétrole de l’économie digitale, mieux vaut gérer la ressource avec doigté…entre la carotte et le bâton.

Cela ouvre un large champ à toute une catégorie de nouveaux services que vous allez bientôt voir débarquer sur vos smartphones ou votre PC.
Par exemple, vous aider à gérer vous-même vos autorisations. Bientôt ce ne sera plus « prendre ou à laisser » : les fournisseurs de services devront vous demander votre consentement avant de capter chacune de vos données. Une appli mobile comme « MyPermissions » vous propose déjà de gérer vos permissions déléguées sur Facebook, etc. Le hic c’est qu’il faut d’abord lui donner toutes vos informations de connexion pour qu’elle puisse le faire…mieux vaut avoir confiance !

Confiance : c’est le mot-clé. Certains grand acteurs légitimes, comme La Poste en France, se positionnent sur le marché potentiellement juteux du Personal Data Store (PDS). Digiposte Pass, c’est comme un espace de stockage personnel où toutes vos données sont encryptées et accessibles uniquement par vous - pour la vie. Dans cet espace de stockage vous allez pouvoir télécharger automatiquement tous vos relevés et échanges administratifs, les consolider et les consulter de manière utile : par exemple, connecter vos dates d’expiration de garantie avec votre calendrier, ou collecter automatiquement les pièces nécessaires pour le renouvellement de votre passeport. L’application a déjà été téléchargée plus d’un million de fois.

La vision est la suivante : vos données vous appartiennent. A partir du moment où l’utilisateur se sent en confiance, il va accepter de partager des informations personnelles en échange d’un service pertinent.

On entre dans une nouvelle dimension relationnelle en ligne : le marketing de l’intention. Une vision dans laquelle les services se combinent automatiquement entre eux pour répondre de façon personnalisée à votre besoin.

La protection de la vie privée ouvre réellement une nouvelle dimension de communication sociétale et révèle un marché potentiellement énorme. Le cabinet Crtl-Shift l’évalue déjà à plus de 15 Mds de £ au Royaume-Uni seulement.

Dans la cacophonie actuelle, c’est aussi une occasion unique pour les marques de renouer un dialogue confiant avec le client final, et d’échapper à l’emprise des GAFA, et au spectre de l’ubérisation.

C’est certainement un enjeu majeur pour les acteurs publics, notamment à l’échelon local qui est celui où la citoyenneté se vit au quotidien.

>> Pour en savoir plus :

ETUDE COMPARATIVE - BIG DATA SURVEY 2015

DOSSIERS DE RECHERCHE :

- RELATION CLIENT - La BI au service de l’expérience client

- DÉCISIONNEL - Le marché français du Big Data

- RELATION CLIENT - La BI au service de l’expérience client

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