EDITO - Le MOOC ne doit pas se moquer des éditeurs de logiciels

Le 2 octobre dernier a été créée la fondation France Université Numérique (Fun), inaugurée par Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche. Fun : drôle de nom, à consonnance anglo-saxonne, pour un enjeu pourtant des plus sérieux et des plus hexagonaux : l'e-éducation en France. Derrière ce sigle s'en cache un autre, qui sonne également de façon un peu comique à nos oreilles, mais qui, pour le coup, est bien américain : le MOOC.
 
Les MOOC (pour : Massive Open Online Courses) désignent des cours en ligne ouverts et massifs (entendez : accessibles à un très large public), dispensés gratuitement sur Internet par des organismes d'éducation et mis à la disposition de toute personne à travers le monde souhaitant apprendre. Les MOOC sont déjà largement répandus aux Etats-Unis : 80% des établissements éducatifs en proposent et plus de trois millions d'étudiants peuvent suivre les cours de prestigieuses universités comme Stanford, Harvard ou MIT. Outre-atlantique, le marché est dominé par deux plateformes, Coursera et EdX, qui ont respectivement investi 43 millions et 60 millions de dollars dans le développement d'outils et de contenus pédagogiques (1). 
 
La France est en retard sur le sujet, avec seulement 3% d'établissements proposant des cours en ligne. Toutefois, des MOOC se développent aussi chez nous. Plusieurs grandes écoles (Centrale, Mines Télécom, Polytechnique, Télécom Bretagne,  HEC Paris...) s'y sont mises et certaines universités (Bordeaux-III, Montpellier-II, Paris-X, Paris-II...)  développent des cours en ligne dans des matières telles que les mathématiques, le droit, l'histoire ou la  philosophie.  Fun a pour objectif de fédérer et d'impulser ces initiatives en fournissant une plateforme (déployée par l'Inria), qui permettra le développement et le pilotage d'une large palette de services numériques à destination des  étudiants. Fun disposera d'un fonds de financement de 12 millions d'euros, alloués par vagues successives. En janvier 2014, prévoit la ministre, pourrait ainsi commencer le déploiement à grande échelle des MOOC pour la France et les pays francophones.
Il faut donc saluer la création de Fun, qui consacre (enfin !) la place du numérique dans la politique publique de l'enseignement supérieur et reconnait au plan national le concept d'e-Education.
 
Pourtant, le projet suscite déjà un certain nombre de réactions, notamment de la part du monde de l'édition et des services logiciels qui s'y voit peu valorisé. Tout en soutenant l'initiative et l'objectif de Fun, Syntec Numérique, le syndicat professionnel des métiers du numérique, critique les modalités de son développement, la faiblesse des moyens alloués au projet et surtout son manque d'ouverture vers le privé et le monde de l'économie (2). Le pilotage de la solution intégrée d'un MOOC unique dont le Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche serait le seul opérateur constitue, aux yeux du syndicat, une "mauvaise réponse", car elle ne favorise pas le jeu de la concurrence entre les entreprises de l'éco-système numérique. Tel qu'il est défini aujourd'hui, le projet risque d'exclure les start-up qui développent des plateformes MOOC  et de confiner les éditeurs de logiciels et SSII  à l'édition de contenus pédagogiques et à l'intégration de solutions. 
 
Or, il est important de ne  pas sous-estimer l'apport pour le MOOC des fournisseurs de solutions d'e-learning et de LCMS (Learning Content Management Systems), très nombreux sur le marché. Certes, ils fournissent aujourd'hui surtout des plateformes de formation  pour les besoins des entreprises. Mais les plus grands d'entre eux, comme Microsoft  (avec son offre Learning Content Development System), Google, ou encore Apple (avec iTunes U) sont déjà entrés dans la dimension du MOOC. 
 
Les éditeurs de LCMS sont porteurs d'une véritable expertise sur les techniques et besoins propres à la diffusion de savoirs sur Internet : administration des cours, gestion de catalogues de formations, gestion de l'interactivité et des conditions de diffusion des contenus (arrêts, pauses...), aide contextuelle en ligne, fonctions collaboratives (chat, forums, FAQ...),  gestion de classes virtuelles, tutorat en ligne, suivi des parcours de formation, mesure et analyse des acquisitions, etc. La construction de MOOC a donc tout intérêt à reposer sur des partenariats avec ces éditeurs pour exploiter utilement  leur savoir-faire et les techniques qu'ils ont élaborées et éprouvées. 
 
D'autant que si l'enjeu d'une éducation supérieure accessible au plus grand nombre et aux étudiants géographiquenemnt lointains est tout à fait crucial, le MOOC a potentiellement  des débouchés considérables dans d'autres univers, notamment celui de la formation professionnelle et de la formation continue. Des voix s'élèvent aujourd'hui pour critiquer les prestations proposées en matière de formation continue, souvent inefficaces, inadaptées ou sans rapport avec les besoins professionnels des apprenants et des entreprises. La formation professionnelle manque encore cruellement de supports ouverts et "massifs", contrôlés et administrés, pour la diffusion de contenus de haut niveau et des dernières avancées en matière d'apprentissages spécialisés, de sciences, de médecine  et de technologies.
 
(1) Source : Le Monde, 3 octobre 2013
(2) Dans un communiqué daté du 2 octobre 2013
 
Pour en savoir plus :
 
 

Commentaires

Publier un nouveau commentaire