EDITO - Les réseaux sociaux d'entreprise ont-ils vécu ?

Le 7 novembre dernier, Twitter a brillamment réussi son entrée en Bourse. Dès les premières minutes de cotation, le prix d'introduction de l'action, fixé à 26 dollars, a été réévalué pour atteindre 70% d'augmentation en fin de journée. Près de 70 millions de titres se sont échangés durant la première heure de mise en Bourse : un record ! La capitalisation de la société a flambé pour approcher les 25 milliards de dollars, dépassant ainsi celle de LinkedIn malgré un chiffre d'affaires deux fois moins élevé que ce dernier. Un beau succès pour Twitter, réseau qui rassemble aujourd'hui plus de 230 millions de membres actifs par mois.
 
En prenant acte de cette formidable réussite, il faut s'interroger sur une autre réalité beaucoup moins "glamour" : l'échec relatif, ou du moins l'avancée plus que laborieuse du RSE, ou réseau social d'entreprise, censé être l'équivalent d'un Twitter ou Facebook transposé à l'échelle (forcément miniaturisée) de l'entreprise et circonscrit dans le cadre de son organisation. Toutes les enquêtes réalisées en 2013 en font l'amer constat : les entreprises sont restées, depuis l'apparition des RSE au début des années 2010, globalement réfractaires à l'usage des outils dits "sociaux". Au mieux, il y aurait en France à peine quelques centaines d'entreprises à avoir déployé un RSE (ou prévoyant de le faire) : une situation décevante, il faut bien le reconnaître, au regard du buzz enthousiaste que le concept avait suscité il y a deux-trois ans.  
 
Si les RSE, basés sur des plateformes logicielles spécialisées, ne doivent être confondus ni avec les réseaux sociaux grand public (Twitter, Facebook, Google+...), ni avec les réseaux sociaux professionels (LinkedIn, Viadeo, Plaxo...), ils s'inspirent du même principe et partagent la même ambition : celle de fédérer des personnes autour de projets et d'intérêts communs. D'ailleurs, personne ne semble contester les apports d'un RSE, qui sont considérables. Meilleur partage des connaissances et des expertises, modernisation de l'approche collaborative autour d'un outil global et centralisé, développement des relations interpersonnelles, valorisation des collaborateurs, création de "lien social"... autant de leviers dont les entreprises ont cruellement besoin aujourd'hui pour évoluer et faire preuve de dynamisme, surtout dans le climat socio-économique morose qui est le nôtre en ce moment.
 
Mais voilà, la greffe n'a pas (encore) vraiment pris. Il y a plusieurs raisons à cela, que le CXP a analysées dans une étude qu'il vient de publier sur le sujet : méconnaissance du concept (le RSE vu comme un outil de distraction, risquant de semer la zizanie...), résistance au changement, méfiance du management et même des salariés, difficulté de positionner le RSE par rapport aux autres outils collaboratifs, incapacité des utilisateurs à définir leurs besoins, ROI peu lisible, etc...  L'essentiel est ailleurs: la difficulté de mettre en oeuvre un RSE  tient à la structure organisationnelle de l'entité entreprise, plus ou moins formatée, hiérarchisée, cloisonnée, contraignante, donc par essence incompatible (ou quasiment) avec  l'esprit et les principes fondamentaux de la "philosophie" du networking : maillage, transversalité, ouverture, spontanéité, champ libre laissé à l'initiative personnelle, engagement, responsabilisation égale de ses membres, culture de l'échange d'idées et de l'inventivité.
 
Autrement dit, on aboutit à ce paradoxe : pour réussir un projet  RSE, il faut déjà être une "entreprise sociale",  mais  comment devenir une "entreprise sociale" sans avoir déjà pratiqué un RSE, moteur essentiel de cette "socialisation" ?  La culture d'entreprise induit sa stratégie qui elle-même dicte ses pratiques. Un terreau favorable aux échanges conversationnels conditionne au préalable le succès d'un RSE. A l'inverse, l'approche traditionnelle crée un cercle vicieux qui risque de bloquer à jamais l'accès à une dimension "sociale".
 
Ce qui ne veut pas dire qu'il est impossible de rompre ce cercle, de "transgresser" les habitudes, de bousculer les approches. A condition tout d'abord de le vouloir (l'implication de la direction est une condition sine qua non), ensuite d'aborder le sujet avec doigté et réalisme, progressivement, de façon itérative et expérimentale, avec une approche de type essais-erreurs. Et à condition aussi, bien sûr, d'accompagner les utilisateurs, même les plus motivés, dans l'apprentissage de cette dimension, avec des règles d'usage bien établies et approuvées de tous. L'étude CXP révèle une douzaine de bonnes pratiques qui sont autant de clés pour réussir un projet "social".
 
Cette réussite signifiera d'ailleurs bien autre chose que  la réussite d'un quelconque projet logiciel de gestion. Elle va nécessairement se traduire par une  transformation radicale et profonde  de l'entreprise qui décidera de déployer un RSE. Lequel n'est finalement rien d'autre qu'un miroir (non déformant) de l'entreprise, un  révélateur fidèle de ses valeurs. C'est le RSE qui illustrera les points forts de l'entreprise s'ils sont bien là : dynamisme, innovation, esprit d'ouverture, réactivité...  Pour cette seule raison,  les RSE ne sont pas morts et, nous en sommes convaincus, les entreprises y viendront ! Mais soyons patients : le changement de paradigme que nécessitent leur mise en place et surtout leur utilisation optimale ne s'effectuera pas en un clic de souris. N'a-t-il pas  fallu entre 5 et 10 ans pour que des réseaux comme Facebook ou Twitter connaissent le succès qu'ils ont aujourd'hui ?
 
> Pour en savoir plus :
 
 

Commentaires

Réponse CXP

Bonjour,
Merci pour votre lecture attentive de notre newsletter et pour votre commentaire sur ce sujet. Vous avez raison : ce n'est pas parce que la greffe n'a pas (encore) pris qu'il faut rejeter en bloc les outils RSE, bien au contraire ! Dans l'étude que le CXP vient de publier sur le sujet ("Clés et bonnes pratiques pour réussir un projet RSE" http://www.cxp.fr/category/domains-themes/gestion-de-contenus-documents-...), nous expliquons que l'on peut surmonter le problème de la résistance au changement et tirer profit des RSE, qui peuvent apporter beaucoup de valeur, notamment, vous avez raison aussi sur ce point, dans les grandes entreprises.
Claire Leroy, Groupe CXP

Attendre avant de tirer des conclusions ?

Bonjour,
Le fait que la greffe de prenne pas ne signifie pas que ce n'est pas la solution me semble-t-il !
Vous l'avez expliqué, c'est en grande partie expliqué par une résistance au changement.
Mais, les RSE ne sont sans doute pas des enjeux pour toutes les entreprises. Il ne faut pas se tromper d'enjeu. Si l'on considère qu'ils servent surtout des enjeux RH (plus qu'innovation par ex), ils concernent surtout les grandes entreprises et moins les PME.
Qu'en pensez vous ?
NR

Publier un nouveau commentaire