CHRONIQUE – L'irrésistible ascension du Floss
Après-demain 1er octobre, s'ouvrira à Paris l'Open
World Forum (OWF), premier sommet mondial
rassemblant autour du "libre" communautés et
fondations, sociétés de services, éditeurs,
industriels et pôles de compétitivité, DSI et réseaux
sociaux. Objectif : débattre des problématiques
technologiques, financières et sociales que pose
la généralisation du Floss. Car le Floss, sigle
chic (le marketing est passé par là) pour
Free/Libre Open Source Software (soit l'ensemble
des technologies du libre et de l'Open Source), a
décidément le vent en poupe.
On a beaucoup glosé (et cela continue !) sur les
spécificités et avantages de ce business
model, sur les pratiques collaboratives de
développement logiciel qu'il a inspirées
(l'"esprit communautaire du libre"), et sur
leur traduction économique concrète pour
l'utilisateur en termes de réductions de coûts
d'entrée dans la mise en place d'applications
logicielles. Si la ligne de démarcation, jadis
étanche, entre les deux camps ennemis, les
représentants du monde propriétaire et les
inconditionnels du libre, s'estompe, rendant
désormais possibles des échanges fructueux entre
les deux univers, l'approche macro-économique de
cette opposition reste éloquente. Alors que le
progiciel de gestion "propriétaire" reste
globalement sous domination américaine, le Floss
s'avère en effet une chance pour l'Europe et pour
la France. Sur le Vieux Continent, le Floss
concernerait 47% des nouveaux développements
logiciels et le "propriétaire" seulement 35%
(Source : UNU-Merit).
Une fois n'est pas coutume. La France apparaît
particulièrement motrice sur le chantier du libre
: elle serait numéro 1 mondial en termes
d'activités dans ce domaine (Etude Red Hat et
Georgia Institute of Technology) et numéro 1 en
Europe et devant l'Amérique du nord en termes
d'utilisation des logiciels libres (Source :
Pierre Audouin Consultant). Le marché français des
logiciels et services liés à l'open source, qui en
2009 représente déjà 6% de l'ensemble du marché
des logiciels et services IT, pourrait croître de
16,5% par an pour atteindre 3 milliards d'euros en
2011, selon les pronostics de Markess
International. Le recours à l'open source est en
tout cas devenu une réalité, certes avant tout
sur les gros projets de l'Administration, mais
aussi dans les grands comptes, dans certains
secteurs (l'assurance) et dans certaines PME de
pointe. Selon cette même étude Markess, qui a
interrogé quelque 160 entreprises et
administrations françaises, 92% des DSI sondés
auraient fait appel à des technologies libres en
2009. Pour près de 9 responsables interrogés sur
10, l'open source n'a pas été impacté par la crise
et s'est même trouvé stimulé par elle. Ces
chiffres justifient amplement le thème proposé
par l'OWF pour l'édition de cette année :
"L'Open Source au cœur de la relance
numérique".
Chance économique, l'évolution du modèle ouvre en
outre des perspectives et propose une lecture
passionnante de l'avenir du logiciel de gestion en
général et de sa capacité à trouver de nouvelles
recettes grâce aux ingrédients du libre. Deux
phénomènes le laissent en tout cas supposer. Le
premier est l'intégration progressive des
solutions à base de briques open source dans tous
les domaines fonctionnels. On sait que les
technologies ouvertes ont commencé à investir les
couches basses du système d'information
(systèmes d'exploitation, bases de données…).
Désormais, elles sont fortement présentes dans la
majorité des applications transverses de
l'entreprise : la bureautique, la gestion de
contenus (E-SHOP : Gestion de Contenus mid-market et Open
Source- Les enjeux) , les outils
collaboratifs (E-SHOP : Gestion des Connaissances et
Collaboration - Les Acteurs et les
Offres), la gestion de la connaissance,
les solutions contribuant à la dématérialisation
des flux documentaires, la sécurité. Elles
occupent une place désormais incontournable dans
le décisionnel et la business intelligence (E-SHOP
: Rapport d'Expertise : Jasper Business
Intelligence Suite de TALEND et
JASPERSOFT). Elles ont gagné l'ERP (E-SHOP
: Rapport d'Expertise : COMPIERE ERP
d'Open Source - distribué par Audaxis), la
gestion de la relation client (E-SHOP : Rapport
d'Expertise : Sugar Community Edition, Sugar
Professional Edition, Sugar Enterprise Edition de
SugarCRM) et intègrent de plus en plus de
solutions métier.
Le second, plus "tendance", plus "flossy", et sur
lequel l'OWF portera certainement une attention
particulière, est l'infusion du modèle Open Source
dans les évolutions majeures des TIC : l'Internet
2.0 (réseaux sociaux, wikis, blogs…), le SaaS/ On
Demand, le Cloud Computing, les organisations
virtuelles, les solutions mobiles, les
technologies vertes, etc. Le mariage du libre
avec ces technologies émergentes est récent et on
n'en est qu'aux prémices. Mais elles sont
prometteuses.
Claire Leroy
L'Œil Expert, 29 septembre 2009