EDITO - La crise a-t-elle rapproché le DSI et les métiers ? Pas sûr...
La grave crise économique que nous avons subie
l'année dernière a-t-elle changé quelque chose au
rôle des directions des systèmes d'information ?
Les entreprises ont-elles su tirer les leçons
d'une conjoncture défavorable pour utiliser plus
efficacement le levier du système d'information
comme création de valeur et de business ?
Plusieurs cabinets d'analyse et de conseil en
organisation se sont penchés sur cette
intéressante question. Mais les réponses qu'ils
apportent sont plutôt nuancées. Certes, Deloitte,
qui a publié fin 2009 la troisième édition de son
enquête internationale sur les rapports entre
l'IT et le business (1) se veut résolument
optimiste : oui, conclut le communiqué, la crise a
changé la relation entre l'IT et le business,
offrant une occasion unique aux DSI de montrer la
plus-value qu'ils peuvent apporter et d'accroître
leur impact. "Nous assistons à une évolution
claire du rôle du DSI, affirme Rik
Vanpeteghem, CEO de Deloitte Belgique, qui
passe de l'exécutant IT à celui d'un conseiller
opérationnel qui inspire confiance. Il s'agit
d'une tendance majeure qui illustre la nécessité,
pour l'IT et le management de se rapprocher afin
de faire face aux défis actuels." Mais dans le
détail, les résultats de cette même enquête
infirment ce bel optimisme. Dans la plupart des
entreprises, l'IT n'a pas suffisamment voix au
chapitre au sommet de l'entreprise, près de la
moitié des entreprises interrogées n'aborde que
rarement, voire jamais, les questions IT au niveau
du conseil d'administration et seulement 41,5% des
entreprises sondées considèrent l'IT comme la
force motrice des décisions business, etc. Il est
clair qu'il reste pas mal de chemin à parcourir
(et d'autres crises à surmonter...) avant
l'intégration parfaite entre l'IT et le
management.
Une enquête plus récente (publiée il y a quelques
semaines) réalisée par le cabinet Sapientis en
France (2) , va plus loin encore dans ce constat.
"Il n'est pas clair que le
centre de gravité des DSI se soit déplacé
franchement du centre de coût au centre de
valeur", indiquent les promoteurs de
l'enquête. La situation ne date pas d'hier et
visiblement la crise n'a pas fait beaucoup bouger
les lignes. Les DSI ne sont toujours pas
davantage associés au comité de direction de leur
entreprise ni invités à participer aux décisions
clés de l'entreprise. Les relations entre les DSI
et les métiers restent informelles dans 40% des
cas et, au mieux, plus proches d'une relation
client/fournisseur classique que d'un vrai
partenariat stratégique. Les fonctions restent
cloisonnées, ne favorisant guère les échanges
entre DSI et opérationnels. Les DSI manquent de
visibilité sur les gains et bénéfices métier des
services qu'ils fournissent aux utilisateurs. Les
contraintes de l'existant et la demande toujours
pressante de réduire les coûts "font que les
DSI travaillent plus souvent en mode réactif
qu'en mode évolutif". Ils sont du coup plus à
l'aise sur
les chantiers de rationalisation et de
mutualisation
des infrastructures, et sur leur chasse gardée que
constitue, sous ses divers aspects, le
management du SI (e-SHOP :
Cadrage et Enjeux - Gestion des services
informatiques - ITSM), registre où ils
excellent, mais qui risque de détourner
l'entreprise d'un enjeu majeur : celui de
moderniser en profondeur son métier.
Or, s'il est une leçon à retenir de la crise,
c'est bien le besoin d'une interaction plus
étroite, plus mobile, plus efficace entre les
métiers et la DSI. Des projets tels que la
généralisation d'Internet comme plate-forme
applicative (SaaS, cloud computing), la création
de nouvelles offres multicanal (e-commerce),
l'optimisation de l'entreprise étendue
(collaboration en interne et à l'extérieur, entre
métiers, fournisseurs, clients et partenaires),
les projets divers de dématérialisation des
processus et des flux documentaires (voir dossier dans ce
numéro), le pilotage des fonctions métier,
l'optimisation des flux logistiques... : ces
projets vont à la fois dans le sens de la
modernisation de l'entreprise (qui va devoir, bon
gré mal gré, trouver sa place dans l'ère de
l'immatériel) et d'un alignement plus serré, sinon
sans couture, du SI sur le business. Et, cerise
sur le gâteau, ces projets innovants peuvent aider
à réduire ou à maîtriser mieux les coûts. Alors...
Faudra-t-il attendre une nouvelle récession pour
accélérer les innovations qui permettront de
surmonter de futurs désastres ?
(1) "2009 Survey on IT-Business Balance : Shaping
the relationship between business ant IT for the
future", enquête Deloitte sur 549 entreprises dans
28 pays.
(2) Enquête 2009-2010 "Modernisation du SI et
maturité des entreprises", menée par le Cabinet
sapientis auprès de plus de 70 entreprises de
tailles et de profils variés.
Claire Leroy
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L'Œil Expert, 2 mars 2010