EDITO - Culture buzz : l'entreprise ne pourra pas y échapper !
Mardi dernier, Google lançait son service de "networking social" Google Buzz. Des millions de personnes s'y sont immédiatement connectées et y ont posté, en deux jours, plus de 9 millions de commentaires. Dans la presse spécialisée, l'annonce est analysée comme une offensive de choc du géant Google contre le numéro 1 des réseaux sociaux, Facebook, un épisode nouveau des Star Wars des monstres du web. De cette guerre planétaire, personne ne se risque à augurer l'issue, mais les paris sont ouverts. "Buzzera bien qui buzzera le dernier", résume avec humour un article lu en ligne.
En marge des médias spécialisés, sur mon compte Twitter, j'ai vu passer un flot ininterrompu de messages sur le sujet. Mais ici, la vision est bien différente. C'est l'utilisateur qui parle. En toute liberté. Et voici déjà les premières impressions : pour certains, un système génial, pour d'autres (la majorité) un service inabouti, peu professionnel et intrusif, posant des problèmes de confidentialité et générant du spam.
Voilà du buzz sur le buzz, on peut dire : du métabuzz. Le réduire à un papotage narcissique qui bouclerait sur lui-même serait pourtant une erreur. Nul doute en effet que Google, attentif au caquetage du petit oiseau bleu, saura tirer profit de ces remarques agacées pour améliorer son service. De même, une grande enseigne, un opérateur télécom, un constructeur, un éditeur de logiciels ou un grand prestataire de services a tout intérêt à éplucher les "tweets" concernant ses produits et services : leur spontanéité est riche d'enseignement.
Votre entreprise est de taille modeste, votre activité n'a rien à voir avec la high-tech, vos clients sont franco-français : la culture buzz, croyez-vous, ce n'est pas pour vous. Vous êtes le DSI d'une grande entreprise, vous n'avez pas de temps à perdre avec ce charivari virtuel. Vous êtes responsable de la communication d'une grande entreprise et ces réseaux ouverts dont le contenu est incontrôlable sont pour vous un cauchemar. Vous êtes patron : Internet signifie pour vous perte de productivité. Vos raisons sont légitimes. Mais vous avez tort.
C'est que vous n'êtes déjà plus dans la course. C'est vrai que les usages professionnels de Twitter restent encore aujourd'hui l'apanage des sociétés américaines, des journalistes et des spécialistes de la communication, des consultants indépendants et des auto-entrepreneurs. Mais raison de plus pour ne pas en rester exclus : ils représentent l'opinion. L'entreprise française vit (en général) trop repliée sur elle-même, sur son marché traditionnel, sur ses habitudes sclérosées, sur ses ressources humaines vieillissantes et sur son organisation restée pyramidale. Elle doit s'ouvrir, s'aérer l'esprit, dépoussiérer ses processus, gagner en agilité, être à l'écoute, se montrer, ne pas avoir peur de prendre des risques et de faire du buzz!
Donner librement et largement l'accès à Twitter aux salariés est un risque : celui de casser les vieux modèles culturels. Il n'y a pas de hiérarchie entre les twitteurs : le patron est au même niveau que l'hôtesse d'accueil, il faut l'accepter sans réticence. Alors, vos salariés seront responsabilisés et dynamisés par cette liberté et la confiance que vous leur accorderez. Twitter (ou équivalent) augmentera le trafic vers votre site et le référencement de votre marque. Il ouvrira des perspectives inédites, peut vous inspirer l'idée d'un nouveau produit à lancer, vous ouvrir un marché à l'international (grâce à l'un de vos employés d'origine étrangère qui a gardé des relations dans son pays). Vos forces de vente pourront vous communiquer leur impression du terrain en temps réel. Enfin, songez aux juniors de la génération Y que vous embaucherez demain : Facebook est leur culture, leur mode naturel d'expression, ils auront besoin de ce type d'outil pour communiquer. La culture buzz, mais n'y échapperez pas, c'est celle de l'entreprise 2.0.
"Heureusement qu'il y a Twitter pour me signaler qu'il neige : je tourne le dos à la fenêtre" : ce message, posté cette semaine, fait sourire. Et pourtant, il montre que Twitter peut vous ouvrir les yeux sur des réalités non perçues et pourtant bien concrètes…
Claire Leroy
Venez me rejoindre sur Twitter !
L'Œil Expert,16 février 2010