EDITO - Développons en France l'accès à l'e-learning !
En temps de crise, elle est trop souvent, hélas,
la grande oubliée des dirigeants. Pourtant, elle
reste un levier clé pour doper la créativité de
notre industrie, renforcer la compétitivité
économique de notre pays. Mieux : elle représente
un instrument de salut potentiel pour notre
Europe en perdition. Vous avez deviné ? Il s'agit
bien sûr de la formation professionnelle. Il y a
un an déjà, - donc bien avant la crise européenne
que nous vivons intensément aujourd'hui -, le
Cedefop (Centre européen pour le développement de
la formation professionnelle) donnait l'alerte.
D'ici 2020, pronostiquait-il, l'Europe va
considérablement accroître sa demande d'emplois à
forte intensité de connaissances et de
compétences, alors que continuera à décliner le
nombre d'emplois faisant appel à des travailleurs
faiblement ou pas du tout qualifiés.
Les entreprises ont donc tout intérêt à élever le
niveau de compétences de leurs salariés, dont le
droit à la formation est connu et légalisé (E-
SHOP : Formation
et développement du personnel - Enjeux ). Or,
si les très grandes entreprises, conscientes de
l'enjeu, ont généralement mis en place des
politiques de formation , ce n'est pas toujours le
cas des entreprises de taille plus modeste. Si on
évalue à environ 25% la part de l'effectif
régulièrement formé dans une entreprise de plus de
500 salariés, ce taux tombe à moins de 15% dans
les PME de moins de 50 personnes, et à environ 5%
dans les celles de moins de 10 salariés (Source :
Afedim, 2010). Quand on connaît le tissu
économique de notre pays, constitué
essentiellement de PME, on mesure l'ampleur du
problème. Les freins à la formation sont connus :
son coût, direct mais aussi indirect, puisque le
temps de formation est momentanément improductif.
De plus, sensible en temps de ressources
contraintes, le manque crucial de temps et de
disponibilité des salariés pénalise l'accès à une
formation structurée et continue.
Or, il existe un outil permettant d'assurer la
flexibilité de la formation à des coûts moindres :
cela s'appelle l'e-learning, mode de formation à
distance rendu possible par les technologies du
web (E-SHOP : Les acteurs de l'e-
learning). Dévoilée lors de la 4ème édition du
Congrès Learning, Talent & Development, une
récente enquête commanditée par l'éditeur
CrossKnowledge (*) cherche à évaluer la place de
cette modalité dans les stratégies de formation
des entreprises. Principale conclusion, très
encourageante : l'e-learning progresse
sensiblement dans les entreprises et touche un
cercle croissant de salariés.
Certes, il existe de grandes disparités dans la
pratique de l'e-learning. Sans surprise, ce sont
les grandes entreprises qui ont la plus grande
antériorité et donc maturité dans ce domaine, même
si l'approche devient désormais crédible pour les
entreprises de toute taille. Et c'est dans le
secteur des services que le recours à l'e-learning
est le plus prononcé (43% des entreprises de
services forment plus de 50% de leurs salariés en
e-learning, contre 14% des entreprises
industrielles). Mais globalement, l'intérêt pour
l'e-learning gagne partout du terrain. Dans 20%
des cas, l'e-learning représente déjà plus de 20%
du temps consacré à la formation. Le nombre des
entreprises qui prévoient de former entre 10% et
50% de leurs salariés dans ce mode va passer de
30% à 45% de l'échantillon entre 2010 et 2012. En
outre, plus les entreprises adoptent l'e-learning,
plus elles en généralisent le recours sous toutes
ses formes et dispositifs : blended, e-learning
sans tutorat, accès à une librairie de contenus,
classes virtuelles, serious games, etc.(E-SHOP :
Formation
et développement du personnel - Fonctions).
Il est consternant toutefois de voir que la
France, pourtant entrée assez tôt dans l'e-
learning, accuse un retard en terme de pénétration
: seulement 17% des entreprises françaises
forment plus de 50% de leur effectif en e-
learning, alors qu'elles sont 40% au Royaume-Uni,
en Espagne ou au Benelux, - pays qui il est vrai
bénéficient en la matière d'une fiscalité
avantageuse (une idée à creuser pour les candidats
aux prochaines élections présidentielles ?). Nos
entreprises ont pourtant tout à gagner à
développer ce dispositif, qui leur permet d'
optimiser leurs coûts de formation, notamment
quand il faut former un grand nombre de
collaborateurs, et de motiver leurs salariés, plus
réceptifs à un système de formation plus ludique
et plus souple que la formation traditionnelle.
L'e-learning contribue en outre à développer la
culture du collaboratif et du social networking,
une étape clé de la "transformation numérique"
nécessaire à nos entreprises (voir notre édito de la semaine dernière).
(*) Premier Baromètre de l'e-learning en
Europe : étude coréalisée par CrossKnowledge,
Féfaur et Ipsos, en septembre-octobre 2011, menée
dans 6 pays européens (France, Angleterre,
Espagne, Italie, Belgique et Pays-Bas, auprès de
511 directeurs et responsables de formation dans
des entreprises ayant mis en œuvre de l'e-
learning.
Claire Leroy
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L'Œil Expert, 13 décembre 2011