EDITO – Finance et logistique, les nouveaux défis du SaaS
Dans le nuage de "tags" de ma base documentaire,
le mot SaaS enfle à vue d'œil, comme le batracien de la fable. Au début toute petite dans la gestion de la paie et des forces de ventes, la grenouille ASP veut se faire aussi grosse que le bœuf "licence traditionnelle". Elle a déjà conquis presque tous les volets de la gestion des ressources humaines (E-SHOP : Etude d'opportunité : Les solutions SaaS
et les offres d'externalisation pour la
GRH) et de la relation clientèle. Sous le nom de Saas, comme sous l'effet d'une pluie
bienfaisante, elle "profite", se développe et s'étend à tous les
territoires des fonctions métier. Il restait
cependant encore quelques citadelles à l'abri de la déferlante SaaS. Ces derniers jours, une
nouvelle étape vient d'être franchie dans la
progression du phénomène avec deux annonces dans
des domaines fonctionnels où on n'attendait pas
vraiment sa percée : la logistique et la gestion
comptable.
Qui aurait cru, il y a quelques années encore,
pouvoir entraîner dans la constellation du full
web les industriels, distributeurs et prestataires logistiques, hommes de terrain s'il en est et pour lesquels les contraintes physique du réel sont difficilement solubles dans le virtuel ? L'éditeur français Generix, éditeur de logiciels collaboratifs pour la supply chain, a
relevé le défi. Pour promouvoir son offre WMS On
Demand, un logiciel de gestion d'entrepôts à la
demande, il vient de lancer un site internet pour faire comprendre aux acteurs de la logistique, de manière ludique et pédagogique, les bénéfices du SaaS appliqué à leur métier. Si le frein culturel et les préventions tombent (Generix a pris soin de
lister, pour les démonter, quinze idées reçues
autour du SaaS), alors l'argument économique de ce modèle (pas d'investissements lourds, coûts de
structure et de support réduits au minimum,
paiement uniquement à la logistique consommée)
devrait réduire à néant les réticences, notamment
dans les entreprises dynamiques de taille
moyenne. (Voir ce que Dominique Dupuis, directrice de la recherche au CXP, dit, dans la rubrique VIP Room du site de Generix,sur les apports du SaaS pour la Supply Chain.)
Un autre bastion de la commercialisation
traditionnelle de licences est attaqué par le SaaS
: la gestion comptable et financière. Le 30
septembre dernier, Unit 4 Agresso (qui englobe
Coda Software, éditeur britannique d'une suite
logicielle de gestion comptable et financière – E-
SHOP : Rapport d'Expertise : CODA
FINANCIALS) a annoncé la création d'une
nouvelle société avec une prise de participation
du pionnier de l'ASP : Salesforce.com. Basée en
Californie, disposant d'un centre EMEA en Grande-
Bretagne, déjà bien pourvue en équipes de forces
de vente, d'avant-vente et de support, la nouvelle
société, baptisée FinancialForce, est chargée de
distribuer des applications de gestion financière
sur le "cloud", et notamment le produit CODA 2go
réalisé par l'équipe de Coda sur la plateforme de
développement SaaS Force.com de Salesforce (voir
article paru dans
L'œil Expert en juin 2008) . Les
promoteurs
de FinancialForce mettent en avant un avantage clé
de leur offre : l'association de FinancialForce
avec Salesforce CRM (E-SHOP : Rapport d'Expertise :
SALESFORCE), offrant un niveau
d'intégration inégalé entre les applications de
gestion comptable et de gestion de la clientèle.
Mais là encore, c'est une gageure pour le SaaS :
le système d'information financier est
certainement la forteresse la plus fermée et la
mieux protégée de l'entreprise (en particulier
dans les grands comptes). L'envol dans la
nébuleuse du web semble incompatible avec la
nécessité prosaïque et précautionneuse de gérer
les données financières, généralement ultra-
sensibles et souvent confidentielles. Les experts
comptables, les directeurs financiers et
contrôleurs de gestion, qui ne sont pas du genre à
avoir la tête dans les nuages, redouteraient
plutôt, au rebours de l'expression habituelle, que
la grenouille ne mange le caissier. Si
FinancialForce.com réussit à séduire les DAF,
alors on pourra en effet, comme l'escompte Jeremy
Roche, son CEO, parler de "révolution pour
l'avenir de la gestion financière". Une
approche susceptible en tous cas d'intéresser les
petites et moyennes entreprises, plus ouvertes aux
changements. D'autant que la tendance semble
désormais irréversible : le SaaS ne connaîtra pas
le sort de "la chétive pécore" de la fable
:
enfler au point de crever.
Claire Leroy
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L'Œil Expert, 13 octobre 2009