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EDITO – Grand Emprunt : 35 milliards d'euros, mais combien pour le logiciel ?

Sur les 35 milliards d'euros de l'emprunt national (dit "Grand Emprunt") destiné à développer l'innovation et à fonder les bases de l'économie française de demain, 4 milliards d'euros iront au numérique. C'est en tout cas ce que préconise la commission Juppé-Rocard qui a remis son r apport, jeudi dernier 18 novembre, au Président de la République.

A première vue, le chiffre est décevant. Non seulement celui du montant global (il avait été question un moment de 50, voire de 100 milliards), mais aussi la proportion relativement modeste dédiée au numérique. Quoi ? "Seulement" quatre milliards sur 35 pour l'économie numérique, alors que, comme le souligne Le Journal du Net, "le numérique représente plus du quart de la croissance actuelle et 40% des gains de productivité observés"? Si vraiment le numérique constitue une composante essentielle de l'économie et des emplois de demain, et un levier fort de croissance et de compétitivité internationale, pourquoi en effet ne pas mettre le paquet sur ce secteur, quitte à reléguer au placard nos vieilles industries lourdes ? Miser à fond sur l'industrie de l'immatériel ? Faire de notre pays un fer de lance européen de la high- tech avec des moyens en conséquence ? Quatre milliards d'euros, c'est moins que le montant du dommage découvert dans l'affaire Kerviel, c'est moins que le montant des pertes, sur son exercice 2008-2009, du constructeur de voitures de sport Porsche; c'est moins que la levée de fonds dont a besoin la banque espagnole Santander pour introduire en Bourse sa filiale brésilienne, c'est moins que la fortune personnelle d'un Serge Dassault, classé 90ème au rang des milliardaires mondiaux... De plus, ces quatre milliards seront à répartir à 50/50 entre le volet matériel du numérique (développement d'infrastructures réseau, fibre optique, satellites, équipements pour le haut débit mobile) et le volet immatériel, qu'englobe la formulation, assez vague et fourre- tout, "d'usages et de contenus numériques innovants". Reste peu semble-t-il, pour le logiciel français, ingrédient essentiel pourtant de la "cuisine" numérique, et si peu mis en valeur dans le rapport Juppé-Rocard : dans les 128 pages du document, le mot "logiciel" lui-même n'apparaît que… 6 fois.

A regarder d'un peu plus près la répartition des 35 milliards du Grand Emprunt, on se fait cependant une idée moins négative des choses. On y trouve du moins matière à consolation. Le chantier "société numérique" arrive, en volume, au 3ème rang des priorités définies, certes loin derrière l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation (16 Md€) et juste après la "ville de demain"(4,5 Md€), mais devant les énergies décarbonées (3,5 Md€), la mobilité du futur (3 Md €), l'aide aux PME innovantes (2 Md€) et les sciences du vivant (2 Md€).

Surtout, il faut comprendre que le logiciel est potentiellement présent, quoique de manière transverse, discrète et invisible, dans tous les domaines cités. Le soutien à l'enseignement, la recherche et l'innovation va forcément contribuer à doper, via la création de campus d'innovation et de pôles de recherche, une industrie du logiciel qui, on le sait (voir les résultats du dernier Truffle100) très consommatrice en R&D. Impossible d'imaginer la ville de demain ou la mobilité du futur sans outils logiciels embarqués dans les équipements urbains, les véhicules et les applications mobiles. Le logiciel intervient forcément aussi dans la recherche écologique et des technologies "vertes", les chantiers du développement durable et de l'optimisation des ressources (ville de demain, énergies sans carbone, technologies du recyclage, transports économiques…). L'informatique est depuis longtemps présente dans les biotechnologies et l'équipement médical. Enfin, les jeunes sociétés éditrices de logiciels appartiennent toutes, ou presque, au tissu des PME innovantes (pas de logiciel sans innovation !) qui pourraient bénéficier d'aides à la à création et au financement prévues dans le rapport sur le Grand Emprunt. Au total, c'est donc bien plus que deux milliards d'euros dont profitera, directement ou indirectement, le secteur du logiciel. On peut toujours rêver plus (la fortune personnelle de Bill Gates dépasse de loin l'enveloppe du Grand Emprunt…), mais ce n'est déjà pas si mal…


Claire Leroy
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L'Œil Expert, 24 novembre 2009

 
Mis en ligne le 24/11/2009
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