EDITO - Une leçon de la crise : la culture de la performance financière à tous les étages
C'est, sinon le « miracle » de la crise, du moins l'un de ses effets collatéraux les plus positifs. En contraignant les directeurs administratifs et financiers (DAF) à en absorber la pression, la période noire de 2008-2009 a renforcé leur pouvoir dans l'entreprise. Deux actualités viennent confirmer ce phénomène. La première est une table ronde organisée par le CXP le 30 mars dernier, réunissant une dizaine de directeurs financiers et administratifs d'entreprises de taille moyenne, avec la participation de l'éditeur Sage. La seconde est la publication récente d'une étude sur la situation des directeurs financiers, commanditée par un autre éditeur, Tagetik.
Plus de 70% des directeurs financiers interrogés par Tagetik s'accordent à dire que leurs responsabilités ont évolué ces deux dernières années dans le sens d'un renforcement de leur pouvoir. Une tendance que confirment les participants de la table ronde du CXP. Certes, les fondamentaux du métier n'ont pas changé, rappelle l'un d'eux : le DAF a toujours vocation à financer le développement de son entreprise, à donner aux opérationnels les moyens de piloter leurs activités et à gérer les contraintes réglementaires, juridiques et fiscales auxquelles l'entreprise est confrontée. Mais, dans l'exercice de sa mission, les modalités ont bien changé pour lui. Les efforts qu'il a su déployer pour aider son entreprise à surmonter la crise ont élargi son champ d'intervention. Corollaire de la crise, la financiarisation de l'économie a accru le besoin de contrôle et de maîtrise de la composante financière. Maîtrise des coûts, optimisation des dépenses, contrôle des investissements, recherche de rentabilité, gestion du BFR, rigueur budgétaire, reporting réglementaire... tous les domaines d'action des directions financières se sont trouvés renforcés. Surtout, le DAF est moins dans l'abstraction des chiffres et plus dans le concret, plus proche du métier de l'entreprise, plus sur le terrain, plus dans l'action. Si le DAF a la culture du reporting, il a appris aussi le danger de ne s'intéresser qu'aux rapports et d'oublier le réel : la production, les hommes, les utilisateurs. Jadis enfermé dans sa tour d'ivoire et n'ayant de comptes à rendre qu'au président, il occupe désormais une place centrale et dynamique dans l'entreprise, courroie de transmission entre les directions métier et la direction générale.
Cette nouveau positionnement nécessite pour lui, plus que jamais, de travailler sur des données instantanées et surtout exactes, fiables et homogènes. Toutes les activités de l'entreprise doivent être suivies au jour le jour, quasiment en temps réel (le vrai temps réel est impossible mais il faut y tendre comme vers un idéal). La température du business doit être mesurée en permanence. Le nombre d'indicateurs s'est multiplié et la fréquence des reportings accrue. Il n'y a pas si longtemps, on se contentait d'une clôture trimestrielle des comptes, maintenant les reportings sont au moins mensuels. L'analyse des données de production et des données commerciales doivent permettre de prendre des décisions et d'anticiper. Ce qui nécessite bien sûr des outils décisionnels appropriés : de consolidation, d'analyse, de restitution, de planification (E-SHOP - SERVICE EXPERT - Plates-formes décisionnelles - Check-list) Enfin, le DAF est chargé d'inculquer et de diffuser la culture de la performance financière à tous les étages de l'entreprise : à l'ensemble des directions opérationnelles, à la direction des ressources humaines (E-SHOP - Métriques et tableaux de bord de la DRH - Acteurs et offres), et aussi, de plus en plus, à la DSI.
Dans les entreprises de taille moyennes où les services opérationnels sont moins étanches que dans les grands comptes et où le directeur informatique a surtout un rôle technique, la direction du système d'information se rattache de plus en plus à la DAF, qui intervient désormais sur plusieurs périmètres : analyse (plus) critique de l' offre des éditeurs, mise en place de stratégies d'investissement (externalisation on non, politique SaaS...), pilotage des budgets de fonctionnement, exigence et mesure de ROI ... La gestion financière de l'IT (E-SHOP - Gestion financière de l'IT - Acteurs et offres) fait désormais partie des préoccupations du DAF. Et c'est une bonne nouvelle : révélant que l'informatique, même dans les entreprises moyennes, est considérée non plus comme un simple outil de gestion au quotidien mais comme un levier potentiel de valorisation et de croissance. Merci, la crise !
Claire Leroy
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L'Œil Expert, 19 avril 2011