EDITO - Le modèle "on premise" ne ferait-il plus recette ?
Dans le monde de l'édition logicielle professionnelle, la grande nouvelle de la semaine passée aura incontestablement été la publication de ses résultats 2009 par le numéro 1 mondial du progiciel de gestion intégré, SAP (voir fiche éditeur). Dans les années 70-80, un éternuement d'IBM, disait-on, suffisait à gripper tout le marché informatique. Depuis la fin des années 90, le marché du progiciel intégré de gestion navigue dans le sillage du pionnier SAP, qui reste l'un des baromètres clés de l'industrie mondiale du logiciel.
Or, l'année 2009 n'aura pas été faste pour le major de l'ERP (E-SHOP : Rapport d'Expertise : SAP ERP). Avec un chiffre d'affaires global total en recul de 8% sur l'année 2009, la firme allemande (10,67 milliards d'euros tout de même) n'a pas été épargnée par la crise (lire le communiqué des résultats). Sur son cœur de métier, les ventes de logiciels et des services qui y sont associés (support et maintenance), l'éditeur a enregistré une baisse de 3%. Plus préoccupant, ses ventes de licences proprement dites ont enregistré, par rapport à 2008, une chute drastique de 28%. L'activité de SAP en France n'a pas été bien brillante non plus: le chiffre d'affaires (468 millions d'euros), a baissé de 10% par rapport à celui de 2008, réalisant 2 points de moins que la moyenne mondiale. L'activité logiciels et maintenance de la filiale française a décliné de 5%.
Pour les dirigeants de SAP, ces revers sont imputables à la conjoncture. La preuve : le 4ème trimestre révèle, au niveau mondial, une inversion de tendance, due au retour progressif à la croissance de certains pays. SAP a ainsi enregistré au cours de ce dernier trimestre 2009 une croissance de ses revenus de 5% en Allemagne, de 8% aux Etats-Unis et de 27% au Royaume-Uni. Mais point de croissance en France, pays qui a plongé moins vite dans la crise et en sortira plus lentement. La filiale française, qui table sur une croissance entre 4 et 8% en 2010, met en avant ses atouts : sa progression sur certains secteurs d'activité (le marché financier, la distribution, le secteur automobile) et l'intégration réussie, nous dit-on, des équipes Business Objects, qui place SAP en bonne position sur le segment porteur du décisionnel mid-market.
Mais ce qu'on retiendra surtout, c'est que les ventes de licences du groupe ont chuté de près de 30%. La récession, certes, a contraint de nombreuses entreprises à différer leurs projets ERP. Mais une telle chute n'est-elle que passagère ? Et si c'était le modèle lui-même de ventes de licences "on premise" (sur le site du client) qui était en panne ? A contrario, on observe que les éditeurs de logiciels qui choisi de privilégier le modèle SaaS, s'ils ont eux aussi subi les effets de la crise, s'en sortent nettement mieux que les éditeurs restés arcboutés sur leur modèle traditionnel. Le SaaS a progressé de 18% en 2009 (selon Gartner). Pour le cabinet Saugatuck, observateur spécialisé du domaine, les ventes SaaS devraient globalement connaître une croissance dynamique, de plus de 20%, en 2010, alors que les ventes on premise reprendront au mieux leur hausse d'avant la récession, soit de 4% à 6%. La crise se termine peut-être, mais non le climat global d'incertitude économique, qui s'installe et oblige à des réorientations stratégiques. Parce qu'il rend possible une maîtrise des coûts sur le long terme et permet d'avoir des charges comptabilisées en Opex plutôt qu'en Capex, le SaaS voit son attrait singulièrement (et sans doute durablement) renforcé dans un tel contexte (E-SHOP : SYNTHESE & PERSPECTIVES - ERP- l'approche par les coûts).
Or, l'engagement de SAP dans le SaaS, quoiqu'il s'en défende, reste faible. L'éditeur dispose depuis plus de deux ans d'une offre SaaS, Business By Design. Ce logiciel, qui vise les PME jusqu'à 200 millions d'euros de CA, ne compterait aujourd'hui en France qu'une centaine de clients actifs, ce qui est peu au regard du potentiel du marché et de la force de frappe de l'éditeur allemand. Excès de prudence ? Les porte-parole de SAP France (dont la direction pourrait, suite au départ de Pascal Rialland, être incarnée par Nicolas Sekkaki, un ancien d'IBM) s'engagent désormais à faire en 2010 de BDD leur "cheval de bataille". Sage résolution...
Claire Leroy
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L'Œil Expert, 2 février 2010