EDITO - Au secours, la génération Y aborde le vaisseau Entreprise !
L'année scolaire est terminée, les examens finis,
les résultats du Baccalauréat publiés, c'est la
quille ! Mais les vacances seront de courte durée
: nos jeunes qui ont terminé leurs études vont
devoir affronter bientôt la dure réalité de la vie
active. Sans parler du parcours du combattant que
représente, en ces temps difficiles, la recherche
d'un emploi ou même d'un simple stage, l'immersion
dans le monde de l'entreprise risque de constituer
pour la plupart de nos "digital natives" un
véritable choc culturel.
Deux études récentes s'intéressant de près aux
jeunes adultes (Génération Y : les 18-25
ans) et aux adolescents (Génération Z :
les 10-18 ans) soulignent en quoi la marmite
numérique dans laquelle ils ont grandi a modelé
leurs représentations du monde et de la société.
En juin dernier, la communauté virtuelle Habbo a
interrogé 50 000 jeunes de 11 à 18 ans pour mieux
connaître leurs usages et la manière dont ils
envisagent l'avenir (1). De son côté, l'institut
BVA (2) s'est plongé pendant trois mois dans la
vie d'une centaine de jeunes gens âgés de 18 à 24
ans, afin de mieux comprendre l'influence du
numérique sur leurs rapports au temps, à l'espace,
à l'information, à la morale, à l'autorité, à la
consommation, au travail, etc.
En ce qui concerne la relation des jeunes au
monde de l'entreprise tel qu'il est aujourd'hui,
il y a plus qu'un décalage par rapport aux
générations qui ont connu Internet sur le tard :
c'est un vrai hiatus. Les recruteurs seront
confrontés à des attitudes mentales peu en accord
avec l'organisation du travail en place dans la
plupart des entreprises. Le "jeune numérique",
souligne l'étude BVA, est défiant, voire hostile
vis-à-vis de l'autorité et de tout ce qui la
représente (politiques, médias, marques,
enseignants, management...). Comment va-t-il
pouvoir se faire au monde de l'entreprise, un
concentré de notions incompatibles avec la liberté
et la réactivité du Net : hiérarchie,
cloisonnements entre les services, division des
tâches, cadre horaire imposé, process, contrôles,
reporting, interdictions, pesanteurs...? Même le
"langage" de l'entreprise va réclamer au jeune
candidat, qui écrit naturellement en texto, un
effort dont il n'est pas toujours conscient :
selon Habbo, seulement 29% des ados interrogés ont
compris que le monde du travail réclame un langage
plus formel.
Le "natif numérique" a pourtant
d'excellents atouts à faire valoir : il est
pragmatique, lucide, capable de s'adapter sans
rechigner aux nouvelles contraintes de mobilité
(géographique) et de flexibilité (précarité du
travail). Plus vite que ses pères, il a compris
que le monde moderne est changeant et incertain et
qu'il faut composer avec cette incertitude. Sans
complexe et non sans un certain cynisme, c'est un
joueur invétéré (même quand il travaille, le
mécanisme du jeu se retrouve dans son
comportement) à la recherche de bons plans pour
trouver toujours une solution ou contourner une
difficulté. C'est un hypercommuniquant :
l'immédiateté des échanges et la "joignabilité"
permanente constituent les principes de base de
ses relations avec les autres. Hyperactif, il
déteste les temps morts. Enfin, il maîtrise
parfaitement les nouvelles technologies du web
(blogs, réseaux sociaux, web 2.0...) et leurs
codes. Autant de qualités que les entreprises
dynamiques et modernes recherchent, pour compenser
les (prétendus) défauts des "seniors", perçus
comme réfractaires aux changements, repliés sur
eux-mêmes et sur leurs certitudes,
sclérosés...
Les entreprises n'auront pas le choix. Bon gré,
mal gré, elles devront composer avec cette
nouvelle donne, car, en admettant même que les
seniors, réforme des retraites oblige, restent
plus longtemps dans l'entreprise et que les
activités humaines s'automatisent encore
davantage, il faudra bien assurer la relève. Ce
qui passera par la mise en place de nouvelles
organisations du travail, l'établissement de
rapports plus équilibrés entre l'employeur (qui
devra mieux justifier ses atouts) et son salarié.
Et aussi, il ne faut pas l'oublier, cette
révolution du monde du travail passera par une
modernisation nécessaire du système d'information
: autant pour assurer sa compétitivité que pour
convenir aux nouveaux utilisateurs, le SI de
l'entreprise devra être plus réactif, plus ouvert,
moins étriqué, plus efficace. La circulation de
l'information devra être beaucoup plus fluide et
mieux partagée. Sur ce point, les "digital
natives" se montreront particulièrement
intransigeants.
Bonne vacances à tous, et au 7 septembre pour le
prochain numéro de L'Œil Expert
!
(1) Lu dans "LaVieNumerique.com", édition du 17
juin 2010
(2) L'étude BVA a fait l'objet d'une excellente
synthèse de notre confrère ITRManager, dans son
édition du 6 juillet dernier
Claire Leroy
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L'Œil Expert, 13 juillet 2010