EDITO - Les tendances 2012 du logiciel par domaine fonctionnel
La semaine dernière, nous avons listé sept grandes
tendances qui vont impacter en 2012 le logiciel de
gestion de façon générale : cloud, mobilité,
consumérisation, orientation métier, etc. Mais ces
évolutions ne concernent pas tous les domaines
fonctionnels de la même façon ou au même degré.
Voici, selon nos analystes et consultants, leur
vision des marchés et domaines qu'ils suivent,
chacun selon sa spécialité.
ERP : plus de services et de fonctions
métier
En 2012, le marché de l'ERP devrait continuer sa
consolidation : le contexte économique difficile
pourrait booster les fusions/acquisitions
d'éditeurs. Les éditeurs vont se recentrer sur le
métier de l'édition, laissant plus de place aux
intégrateurs à valeur ajoutée avec qui ils vont
multiplier les partenariats, tant au niveau du
développement que de la distribution. La vague du
SaaS et du cloud est encore loin d'immerger l'ERP
(pour des raisons essentiellement culturelles),
mais l'externalisation de tout ou partie du
système d'information progresse (E-SHOP : Synthèse &
perspectives : Solutions ERP en mode SaaS et
hébergé). Les éditeurs d'ERP doivent de toutes
façons tenir compte de cette tendance, ce qui se
traduira par la proposition de davantage de
modalités d'usage et de tarification, plus
d'offres en mode hébergé ou SaaS (ce qui
facilitera l'adoption du SaaS par le marché), et
surtout de nouveaux services d'accompagnement et
de sécurisation proposés en liaison avec les
intégrateurs et hébergeurs.
L'offre ERP va s'enrichir de fonctionnalités
métier (élargissement des déclinaisons
sectorielles, affinement de certaines fonctions de
gestion, comme par exemple le Cash Management dans
la gestion financière) et de fonctions
d'optimisation, notamment dans la logistique et
la production. L'ERP va en outre de plus en plus
intégrer des fonctions décisionnelles avec des
outils venus de la BI, pour renforcer les
fonctions de contrôle, d'analyse et de pilotage
(contrôle de gestion analytique), ainsi que des
fonctions de gestion prévisionnelle et de
planification (planification financière et
planification de production, APS). Enfin, en
dehors des fonctions de gestion proprement dites,
les solutions d'ERP vont devoir se différencier
sur des "plus" destinés à améliorer la
productivité des utilisateurs : l'ergonomie des
interfaces, l'accès à l'ERP en situation de
mobilité via des smartphones et tablettes, le
temps réel pour accéder aux données
opérationnelles, la dématérialisation
documentaire, la fluidité des processus et enfin
l'amélioration des méthodes et outils
collaboratifs (E-SHOP - Les
fonctions de l'ERP)
SIRH : des solutions de plus en plus
globales
Dans le domaine RH, le SaaS et les offres de
services vont certes se développer encore, mais ce
n'est plus très nouveau. En 2012, c'est
l’internationalisation qui va constituer un axe
fort de développement pour les éditeurs de
solutions de gestion des ressources humaines, le
marché étant resté longtemps "local", notamment à
cause des contraintes légales et réglementaires
propres à chaque pays. La multiplication en France
d'offres d'origine anglo-saxonnes très
compétitives a changé la donne, obligeant les
acteurs à rivaliser d'inventivité pour pousser
leurs solutions.
Ainsi, au plan fonctionnel, les solutions seront
de plus en plus "globales", les éditeurs
développant des fonctionnalités de pilotage et
suivant les obligations légales. La GRH réclame de
plus en plus d'outils d'aide à la décision : d'où
le développement d'outils de pilotage, de tableaux
de bord et d'indicateurs de synthèse. Le SIRH va
s'enrichir de fonctionnalités liées à
l’évaluation, la rémunération et au contrôle de
gestion sociale. En recrutement, on trouvera de
plus en plus des fonctionnalités de type
onboarding. La gestion des talents va continuer à
intégrer des fonctions de Workforce Management, de
hot-line et d'e-learning. (E-SHOP - Formation
et développement du personnel- Fonctions)
Au plan technique, les technologies du monde
libre sont de plus en plus utilisées, de même que
les technologies type SOA, Web 2.0. Les fonctions
self-service et portail vont continuer à se
généraliser en 2012, intégrant l’accès à des
réseaux sociaux et des fonctionnalités
collaboratives plus poussées. Le domaine RH est
aussi très porteur pour le développement
d'applications mobiles. Enfin le développement
des services et de l’externalisation va se
compléter d' offres d’archivage, de GED et de
services de dématérialisation.
CRM : cap vers une gestion multicanal
étendue
Tout pour se rapprocher du client : c'est le mot
d'ordre des éditeurs de solutions CRM. L'année
2012 verra donc l'intégration de supports,
applications et services mobiles dans les
applications de CRM pour les forces commerciales.
La généralisation de l'Internet mobile par les
clients, notamment grand public, va permettre en
outre aux enseignes d'utiliser ces supports pour
renforcer leurs stratégies de fidélisation (cartes
de fidélité, couponning...) en les transposant sur
les supports mobiles. De même, l'engouement du
grand public pour la mobilité va pousser le
développement du marketing interactif en temps
réel (SMS, réseaux sociaux...). Ces tendances vont
pousser les solutions de CRM à proposer une
gestion multi-canal étendue avec l’exploitation
des données non structurées (emails, blogs, sites
Web, réseaux sociaux etc.). Autre tendance forte
sur le créneau du CRM : l'utilisation croissante
des outils de géomarketing permettant d'optimiser
l'implantation des points de vente, d'analyser les
zones de chalandise, etc. (E-SHOP - Check-list CRM)
Gestion industrielle et logistique : mobilité
et SaaS en vedette
L'année 2012 va voir dans ces domaines l'émergence
de nouvelles solutions de mobilité. Les solutions
de mobilité existent certes depuis longtemps pour
les inventaires de stocks par exemple ou pour
permettre aux techniciens de maintenance de
déclarer le travail réalisé dans l’atelier de
fabrication, mais il s'agissait d'un simple déport
sur des PDA de fonctions proposées sur le PC dans
une version limitée et avec une ergonomie très
frustre. Les nouvelles solutions bénéficient du
modèle apporté par les applications mobiles
proposées pour le grand public sur l’Appstore ou
l’Android market, adaptées à des tâches
industrielles ou logistiques avec une ergonomie
(re)pensée et centrée sur l’utilisateur pour lui
faciliter le travail .
Le domaine logistique va voir également se
multiplier des solutions SaaS qui ne seront pas
seulement une commercialisation de solutions
existantes dans un mode locatif hébergé mais de
nouvelles solutions permettant notamment des
déploiements beaucoup plus courts.
Business intelligence : le chantier sur tous
les fronts
C'est dans le domaine très porteur du décisionnel
(fonction transversale qui rappelons-le, touche
tous les domaines de gestion) que se concentrent
les plus grands changements et la plus forte
inventivité. Nos experts attendent en effet des
solutions de BI qu'elles renforcent un des points
faibles des offres BI : une gestion renforcée de
la qualité des données. L'intégration
d'applications mobiles est dans l'air du temps.
Les éditeurs vont donner la possibilité de gérer
des données non structurées (exploitation de
données textuelles avec moteur de recherche, text
mining, indexation) pour l’analyse des emails, des
blogs, des sites Web et des réseaux sociaux, avec
pour corollaire, le support des big data de toute
provenance (gros volumes de données avec de
nouvelles formes de stockage et de nouveaux modes
d’interrogation des informations). Par souci
d'optimisation, la BI va multiplier les
techniques de requête et d’analyse en mémoire qui
boostent les temps de réponse. Les fonctions
d'analyse et de pilotage vont être plus poussées,
intégrant des fonctions d'analyse prédictive pour
anticiper les tendances à venir (BI proactive) et
des fonctions de scorecarding plus poussées allant
jusqu’à la génération de plans d’action. (E-SHOP :
Plates-formes
décisionnelles - Fonctions)
Les éditeurs de BI nouvelle génération vont se
multiplier (certains d'entre eux pourraient être
rachetés par de gros acteurs), avec des outils BI
light plus faciles à mettre en œuvre, moins
coûteux et plus intuitifs dans leur utilisation
que les plates-formes BI d’entreprise (E-SHOP : Bi ligt vs BI
Corporate: concurrentes ou complémentaires ?),
et intégrant des méthodologies agiles pour
développer rapidement des applications
décisionnelles. De leur côté, pour satisfaire les
nouvelles exigences du marché, les acteurs grands
comptes de la BI vont de plus en plus proposer des
solutions décisionnelles métier et/ou secteur (BI
métier). Enfin, on va assister à une interaction
de la BI avec le BPM pour l’optimisation des
performances des processus, ainsiq qu'avec le
MDM, un data warehouse pouvant devenir une source
de données de référence à prendre en compte
puisqu’il renferme les indicateurs de pilotage
opérationnels et stratégiques de l’entreprise. Au
plan commercial, l'année 2012 va voir se
multiplier les modes de commercialisation SaaS
et/ou Cloud.
Gestion de Contenus / ECM : mobilité et
processus métier
La mobilité se confirme comme l’un des grands
fronts de différenciation dans la bataille que se
livrent les éditeurs de gestion de contenus (E-
SHOP - Etat de l'art ECM). Trois ans après
l’apparition des premiers modules d’affichage sur
mobile, ce sont aujourd’hui tous les usages des
contenus qui peuvent être gérés en situation de
mobilité : depuis la publication de contenus sur
smartphones et tablettes jusqu’à l'acquisition de
données depuis des appareils mobiles … en passant,
bien sur, par la capitalisation, au sein des
plateformes ECM, de ces contenus générés et
transmis depuis des terminaux mobiles (y compris
ceux échangés dans les réseaux sociaux
professionnels, publiés dans les blogs, wikis,
tweets… ).
Autre confirmation, l’installation du document au
cœur des processus métier. La gestion de contenus
est une application de plus en plus intégrée au SI
des entreprises, à travers une convergence avec la
gestion des tâches (worklows de gestion) et des
processus métier (BPM). Le domaine résultant,
l’ECM orienté Process (ou Gestion des processus
documentaires), qui comporte aussi un important
volet Collaboratif, a pour premier débouché le
Case Management, désignant la gestion de processus
liés aux demandes et événements clients.
L’ECM se déplace vers les environnements
virtualisés, dans la foulée de la multiplication
des infrastructures sur le cloud : stockage et
archivage sécurisé/réglementaire, ainsi que
certains traitements "basiques" sur les contenus
(acquisition en ligne, production depuis n’importe
quel site… ). L'année qui vient verra aussi
évoluer les modèles de monétisation et de
delivery/consommation : la gestion de contenus est
aux avant-postes de cette lame de fond qui
reconfigure l’accès aux fonctions logicielles :
achats intégrés ("in-app purchases") et
abonnements (ASP/SaaS), multiplication des places
de marché d'applications ouvertes aux développeurs
et aux acheteurs, etc. L’open source s’intègre
dans cette recomposition des modèles, avec un
appui fort sur l’axe "Contenus".
Enfin, la domination de la plateforme Microsoft
SharePoint 2010 s’étend au delà de la Gestion de
Contenus et la Collaboration autour de documents :
le décisionnel et la gestion des processus sont
venus s’installer dans le périmètre fonctionnel.
BPM : plus près des métiers
En 2012, les offres BPM s'orientent nettement sur
le cloud : les propositions se multiplient, citons
entre autres celles d’Appian, de Bonita Soft, de
Cordys, d’IBM, d’Intalio, de Metastorm/OpenText,
d’Oracle, de PegaSystems, de Software AG ou de
TIBCO Software. La mobilité est aussi enfin prise
en compte par les offres de BPM, qui devant
l’essor des smartphones et autres tablettes
ouvrent les applications BPM aux différents
formats de mobiles (Androïd, iOS, Blackberry et
autres). Au plan fonctionnel (E-SHOP - Les fonctions du BPM) se confirment
d'une part la convergence accrue entre BPM,
gestion de contenus et collaboration avec l’essor
du Case Management, et d'autre part le
rapprochement BPA/BPM avec le rapprochement des
phases de modélisation métier et d’exécution des
processus, dans la perspective de gérer sans
rupture tout le cycle de vie des processus métier.
IT Management et PPM : à la recherche de
différenciateurs
En matière de gestion et pilotage de
l'informatique, les offres proposées aujourd’hui
sont arrivées à maturité fonctionnellement
parlant, avec l’intégration quasi-systématique des
processus ITIL v3 définis en 2007. La portabilité
sur les terminaux mobiles et la mise à disposition
d’une offre SaaS ont été les tendances majeures de
l’année 2011. En 2012, la différence devrait se
faire sur la facilité d’intégration dans le
système d’information d’entreprise, sur
l’ergonomie des progiciels proposés, sur la
capacité des éditeurs à intervenir en amont de la
mise en place du progiciel, ainsi que sur la
souplesse de personnalisation de l’application
côté utilisateur (E-SHOP - Check list
ITSM)
S'agissant de la gestion de projets et du PPM (E-
SHOP - Check list PPM), le constat est
presque le même : les progiciels sont dans
l’ensemble assez proches d’un point de vue
fonctionnel. La différence devrait se faire sur la
capacité à offrir une offre modulaire pour
permettre notamment de connecter les
fonctionnalités de PPM à un progiciel de gestion
de projets tiers (comme par exemple MS Project),
sur la simplification des ergonomies afin
d’accéder rapidement aux bonnes informations et de
faciliter la prise en main de l’outil par les
utilisateurs, sur la possibilité de gérer de façon
simple et intuitive des portefeuilles hétérogènes
(projets informatiques et non informatiques), et
là aussi sur la capacité des éditeurs à intervenir
en amont de la mise en place du progiciel.
Claire Leroy
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L'Œil Expert, 24 janvier 2012