EDITO – La veille, ce n'est pas du luxe !
"Faire de la veille ? Vous plaisantez ! Nous
n'avons plus le temps ! Si la journée comptait
plus de 24 heures, peut-être !" Trop souvent,
cette exclamation, ironique ou amère, fuse de la
bouche des directeurs informatiques. La
compression des ressources, la nécessité de faire
plus avec moins et toujours plus vite, en ces
temps difficiles, pèse en effet lourdement sur
l'agenda des DSI. Les priorités du moment sont
d'ordre opérationnel. Suivre les projets jour
après jour, gérer les ressources et les budgets,
plancher sur l'urbanisation du système
d'information, assurer la sécurité et le bon
niveau de service à l'utilisateur… : c'est le
quotidien, soumis à la pression de l'urgence, qui
impose sa loi. Dans ces conditions, faire de la
veille, c'est un luxe que les DSI ne pourraient
pas s'offrir en ce moment.
Et pourtant… il ne faudrait pas que cette
situation dure trop longtemps. Chacun de nous
connaît cette impression pénible de travailler
"le nez dans le guidon" et ses effets pervers :
torpeur de la routine, dictature du détail qui
fait oublier l'essentiel, absence d'initiatives,
refus du changement qui perturbe les habitudes,
sensation de manquer d'air et de perspective.
Faire de la veille, c'est élargir son champ de
vision, connaître mieux le monde qui vous entoure
et s'en inspirer pour inventer d'autres façons de
faire, se remettre en question, casser le carcan
des habitudes et des cloisons mentales. Veille,
vigie et vigilance sont mots de même famille. La
vigie est ce guetteur infatigable qui, l'œil
ouvert en permanence, est chargé, du haut du
navire, de surveiller le large.
En ces temps difficiles, la vigilance est plus que
jamais nécessaire. A tous ses échelons,
l'entreprise a un devoir d'éveil et doit rester
aux aguets, les mains certes sur le guidon, mais
l'œil vers l'horizon. Hélas non perçue comme une
urgence, cette pause indispensable dans le rythme
trépidant du quotidien ouvre pourtant un espace
fertile à la réflexion et à l'analyse, nécessaire
avant toute action décisive. La veille n'est pas
un luxe : l'entreprise en a besoin pour toutes ses
activités : veille commerciale, R&D,
concurrentielle, environnementale, réglementaire.
Parce qu'elle permet d'anticiper les évolutions,
les risques et les innovations, la veille est
stratégique.
"La principale fonction de la veille est
l'identification des menaces et des opportunités
qui surviennent dans l'environnement. En assurant
une meilleure connaissance de cet environnement,
la veille sert d'appui à la prise de
décision", rappelle une récente étude du
SerdaLab, spécialiste des enjeux d'organisation de
la mémoire et du savoir pour les entreprises. Et
d'insister sur le fait que le processus de veille
doit être permanent : "Il s'agit d'un cycle
continuel, qui permet d'anticiper les besoins sur
la durée."
Il serait d'autant plus dommage de sacrifier la
veille que les outils destinés à rechercher,
récolter, partager et diffuser les informations se
multiplient : jamais on n'a vu fleurir sur le
marché (le seul marché français pesait 162
millions d'euros en 2007 et progresse de près de
20% par an selon SerdaLab) autant d'outils d'aide
et d'automatisation de la veille : moteurs de
recherche, solutions de visualisation et de
cartographie, solutions de KM et de collaboration
(e-Shop: Gestion des
Connaissances et Collaboration- Composants et
fonctions des offres), réseaux sociaux,
logiciels de surveillance de sites web, etc. Sans
oublier les fournisseurs de contenus spécialisés
par métier ou par secteur (comme le CXP dans le
domaine du progiciel), qui délivrent informations
et analyses et ouvrent des pistes fructueuses de
réflexion et d'action. Selon SerdaLab, les
directeurs généraux sont les premiers clients de
la veille, suivis des services de R&D et de
marketing. Messieurs les DSI, ne soyez pas en
reste. Hâtez-vous lentement, prenez le temps de
"veiller". Pour vous aussi, c'est stratégique.
Claire Leroy
L'Œil Expert, 26 mai 2009