EDITO - Votre entreprise comptera-t-elle bientôt parmi les Digirati ?
Dans notre édito de la semaine dernière, nous
faisions état du dernier bilan IT publié par
Syntec Numérique. On se souvient que le fameux
syndicat s'appelait jadis Syntec Informatique. Il
y a juste un an, éprouvant le besoin de moderniser
son image, il a changé son nom et substitué au
quelque peu ringard "informatique" l'adjectif
plus branché de "numérique". Par périodes,
l'industrie informatique a besoin de donner un
coup de jeune à son vocabulaire : histoire de
marquer son aptitude (pourtant indéniable) à
l'innovation.
De fait, le terme de numérique, appliqué non aux
technologies (ce qui est normal) mais à
l'entreprise et à son organisation, est à la
mode. Pour promouvoir les nécessaires
transformations des acteurs de l'économie, on a
parlé autrefois d'entreprise étendue
(l'entreprise collaborant avec son réseau de
partenaires et de clients), plus tard
d'entreprise 2.0 (l'entreprise capable
d'intégrer la dimension interactive et "sociale"
du Web 2.0). En 2011, l'entreprise innovante est
taxée d' entreprise numérique. Mais de quoi
s'agit-il exactement ?
Une toute récente étude réalisée conjointement par
Capgemini Consulting et le MIT Center for Digital
Business (*) vient éclairer notre lanterne.
Certes, toute entreprise fait aujourd'hui appel
aux technologies numériques à des degrés divers
pour augmenter sa productivité, fluidifier tel ou
tel processus métier, améliorer la relation avec
ses clients ou piloter sa performance financière.
Mais toute entreprise informatisée ne mérite pas
pour autant le qualificatif de "numérique". Selon
l'étude CapGemini / MIT, la transformation
numérique d'une entreprise est le résultat d'un
long processus de mue au terme duquel
l'entreprise devra s'être radicalement
métamorphosée tant sur ses contenus que sur ses
méthodes. Le contenu (le "what"), c'est l'ensemble
des objets du développement numérique de
l'entreprise : cela va de la customer
experience (compréhension et connaissance du
client, capacité à entrer en contact avec lui...)
, au changement éventuel du business model en
passant par la numérisation des processus
opérationnels. Quant à la méthode (le "how"),
c'est la manière dont l'entreprise choisit
d'opérer sa transformation numérique : type de
gouvernance, conduite du changement, stratégie
d'innovation ou de partenariat... La
transformation numérique de ces deux axes est
création de valeur et de compétitivité.
L'étude CapGemini / MIT conclut que seulement un
tiers des grandes multinationales interrogées ont
mis en place un programme de transformation
numérique efficace. Les auteurs de l'étude
identifient quatre profils, correspondant à quatre
niveaux de maturité : 1) les Digital
Beginners, entreprises familières
d'Internet, de l'e-mails et de l'ERP, mais ne les
utilisant que comme outils de gestion, sans plan
de transformation cohérent ; 2) les Digital
Fashionistas, conscientes de l'importance
de l'innovation, ayant mis en place de nombreuses
technologies numériques innovantes mais sans
gouvernance globale; 3) les Digital
Conservatives, convaincues de l'intérêt
d'une gouvernance pour maîtriser les
investissements numériques, mais trop prudentes et
ratant des opportunités faute d'ambition; et
enfin, 4) les Digirati, les
entreprises les plus avancées, ayant développé une
culture du numérique qui leur permet d'anticiper
les changements et les aléas des marchés.
Pour les promoteurs de cette étude, la vision
stratégique du dirigeant, sa capacité à faire
évoluer l'organisation et entraîner les hommes
dans cette transformation sont les principales
clés du succès : au delà des technologies, l'enjeu
essentiel reste managérial, la principale
difficulté à évoluer tenant, dans la majorité des
cas, aux problèmes de culture d'entreprise. Ce
n'est pas nouveau. Il faut cependant, à notre
avis, insister sur l'apport de certains logiciels,
ceux qui sont les plus à même de renforcer la
capacité de l'entreprise à progresser dans sa
transformation numérique. On citera bien entendu
les outils de business intelligence, apportant à
l'entreprise la culture de la performance, du
reporting, de l'analyse et de la planification (E-
SHOP : Plates-formes décisionnelles : typologie
de l'offre), les outils collaboratifs,
décloisonnant les services et tissant la relation
numérique inter-employés, les outils de
dématérialisation documentaire (E-SHOP : Synthèse & perspectives - La
dématérialisation des flux documentaires), ou
encore les solutions de gestion des processus
métier (E-SHOP : Apports du BPM - Acteurs et offres),
qui renforcent l'efficacité et la fluidité des
processus opérationnels. Il n'est pas facile de
changer le monde, mais si on dispose des bons
outils pour le faire, cela aide.
(*) " Digital Transformation : A Roadmap for
Billion-Dollar Organizations". Etude réalisée
conjointement par Capgemini Consulting et le MIT
Center for Digital Business, basée sur 157
entretiens réalisés auprès de dirigeants
d'entreprises internationales réalisant plus d'un
milliard de dollars de chiffre d'affaires. C'est
par notre confrère InfoDSI que nous avons pu avoir
accès à cette étude, téléchargeable en cliquant ici
Claire Leroy
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L'Œil Expert, 6 décembre 2011