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ERP- Les limites du tout intégré (1)

On connaît l'atout essentiel de l'ERP : l'intégration. Mais les ERP créent de plus en plus de soucis à leurs utilisateurs : lourdeur de déploiement et d'exploitation, manque de souplesse, incapacité à s'adapter rapidement et sans coûts excessifs aux réorganisations de l'entreprise, aux évolutions de son métier et aux exigences croissantes de l'utilisateur final. Quelles sont les solutions proposées par les éditeurs ?

Par Vincent Lieffroy


En 2008, l’intérêt d’un progiciel unifié et intégré de gestion n’est plus à démontrer : l’ERP constitue très souvent dans l'entreprise la colonne vertébrale de son système d’information, assurant principalement la gestion des processus back-office et des données de référence.

Les données de référence « traditionnellement » gérées par l'ERP, extrait du SE ERP, Le CXP 2008,

Les données de référence gérées par l'ERP

Mais jusqu'où peut-on assurer l'intégration parfaite de ces fonctions, dont le nombre et l'ampleur ne cessent d'évoluer avec les besoins des entreprises ? Force est de constater que face aux changements organisationnels permanents de l'entreprise, pour qui la réactivité est devenue un enjeu clé de compétitivité, l'ERP, tel qu'il existe aujourd'hui, n'est plus l'outil de gestion idéal. Le tout intégré arrive à ses limites.

L'ERP EN QUESTION

Sa rigidité, sa complexité, sa lourdeur de mise en œuvre et d’exploitation, les coûts souvent excessifs qu'entraîne toute évolution des applications qu'il supporte posent de plus en plus de soucis aux entreprises, notamment aux PME qui ont peu de ressources à consacrer à ces évolutions.
Les utilisateurs qui ont besoin de faire évoluer le périmètre fonctionnel de leurs applications peuvent évidemment faire appel à des logiciels spécialisés qui se "grefferont", avec plus ou moins de bonheur, à l’ERP. Cependant, les pièces rapportées sur un ERP limitent son principal bénéfice : le tout intégré. La qualité de l’intégration et l’interopérabilité, garantes de la cohérence des données, restent ici des enjeux fondamentaux.
Le système d'information des entreprises doit en permanence pouvoir s'adapter non seulement aux réorganisations internes de l'entreprise et à l'élargissement de ses besoins fonctionnels, mais aussi aux exigences croissantes de l'utilisateur final. C’est lui en effet qui maintenant est au centre du SI de l'entreprise. Familier du Web, des moteurs de recherche et maintenant du Web 2.0, l'utilisateur attend de l'informatique de son entreprise qu'elle lui apporte la même facilité d'accès à l'information dont il a besoin. C'est dans cette optique qu'il faut comprendre l'engouement pour les réseaux sociaux dans le contexte de l’entreprise.
Dans cette optique, il faut que les outils autrefois complètement orientés sur les process, tels que les ERP, changent de cap, pour permettre au système d'information d'être vraiment "user centric". La formule témoigne de l’importance accordée aux utilisateurs par les éditeurs de progiciels, qui, après avoir vendu depuis des années leurs solutions aux dirigeants des entreprises, prennent peu à peu conscience de l'importance de critères pourtant évidents, tels que l’ergonomie ou la facilité d’usage. Cette vision "utilisateur" devra exploiter les nouveaux concepts de l'architecture SOA et les web services.
La question est donc posée : l’ERP doit-il rester au centre de l’architecture du système d’information ? Si oui, ses éditeurs sauront-ils le faire évoluer ?

LES REPONSES DES EDITEURS

Les solutions doivent venir surtout des éditeurs d'ERP eux-mêmes, qui ont tout intérêt à ce que leur ERP reste au cœur du système d'information de leurs clients. Depuis plusieurs années, ils sont conscients de la nécessité de faire évoluer leur offre et y travaillent.
Cependant, ils ont surtout, dans un premier temps, cherché à adapter leur offre à de nouveaux marchés et à de nouveaux secteurs, en travaillant sur l'approche commerciale (cibler le mid-market, inventer de nouveaux modes de commercialisation), et sur les aspects fonctionnels : élargissement des fonctions et verticalisation. Sur ces points, il existe déjà des réponses concrètes. En revanche, sur la refonte structurelle et sur l'architecture, il n'existe guère de solutions concrètes aujourd'hui : il s'agit de projets de long terme.
  • Les réponses commerciales : midmarket et SaaS
    • La conquête du mid-market toujours d'actualité
      Ce phénomène, qui n'est pas nouveau, est lié à l’arrivée à saturation du marché des grands comptes, majoritairement équipés. Les relais de croissance pour les éditeurs qui s’adressaient traditionnellement à ce marché consistent donc à se tourner vers le middle-market.
      En parallèle, l’augmentation de l’offre ERP pour le mid-market se confirme. Se retrouvent bien sûr les acteurs traditionnels de ce segment, mais aussi de plus en plus les éditeurs spécialisés auparavant dans les grands comptes, qui abordent ce marché avec des offres adaptées. Le défi consiste à proposer des produits rapidement paramétrables, et ce à des tarifs adaptés, c’est-à-dire nettement inférieurs à ceux pratiqués sur le marché des grands comptes. Une telle adaptation de l’offre se fera généralement au prix d’une réduction du périmètre fonctionnel initialement proposé par ces produits.
    • L'adoption du mode hébergé locatif (SaaS ou ASP)
      Les éditeurs ont compris que le mode SaaS pouvait être un instrument de conquête du mid-market. La mutualisation des dispositifs de sécurité, l’assurance de disposer toujours de la dernière version et la simplicité de déploiement sont des arguments séduisants, allant dans le sens d'une modernisation des usages et des commodités de l’outil informatique. Une tarification souple et l’économie d’un investissement préalable lourd sont également des critères à prendre en compte.
      Cependant, la demande pour un ERP en mode hébergé locatif demeure faible. Si le succès de NetSuite aux Etats-Unis est prometteur, force est de constater que les entreprises sont peu demandeuses. Ceci étant, tous les éditeurs ou presque proposent leur offre ERP dans ce mode de commercialisation. En outre, SAP a lancé en 2007 une offre ERP destinées au middle market, exclusivement disponible en mode SaaS. Ce qui pourrait bien influencer fortement le marché.


  • Les réponses fonctionnelles : verticalisation et extension
    • Verticalisation
      La commercialisation d’offres verticalisées, c’est-à-dire adaptées à une problématique sectorielle devient réalité. Les offres spécialisées en fonction du métier des utilisateurs auxquels elles s’adressent sont aujourd’hui nombreuses. Même les éditeurs généralistes se sont engagés dans cette direction : soit par déclinaison métier de leurs solutions, soit par les références clients affichées. Plus précisément, il s’agit de préparer le paramétrage, d’ajouter des modules, des sous-modules ou add-on développés spécialement pour les besoins d’une industrie donnée. Des secteurs autrefois "réservés" à des spécialistes, tels que la mode et le textile, la distribution, l’immobilier ou l’automotive, sont investis par les éditeurs de progiciels de gestion intégrés généralistes.
      Cette spécialisation résulte directement de l’accroissement de la concurrence sur le mid-market, pour lequel le facteur prix est déterminant. Les offres verticales ont en effet pour vocation de limiter les contraintes de paramétrage, tout en offrant aux utilisateurs un progiciel mieux adapté à leur métier et à leurs processus.
    • Elargissement fonctionnel à tous les flux de l'entreprise
      L’ERP ne peut plus traiter toutes les fonctions de l'entreprise. Le marché a donc vu se développer, aux côtés de l'ERP, d’autres produits, traitant d’autres flux. Il s'agit pour l'essentiel d'outils de :
      • Supply Chain Management (SCM), intitulé générique qui englobe l’ensemble des fonctions de gestion de la logistique, allant du planning à l’entreposage ;
      • Supplier Relationship Management (SRM), visant à améliorer le processus d'approvisionnement en produits et services vis-à-vis des fournisseurs ;
      • Customer Relationship Management (CRM), destinés d’améliorer, de rationaliser et d’enrichir la gestion de la relation client ;
      • Product Lifecycle Management (PLM) dont le but est d’assurer la gestion du cycle de vie des produits, depuis leur conception jusqu’à leur recyclage en passant par leur production et leur vente.
      Ces approches illustrent la capacité des systèmes d’informations à traiter de nouveaux types de flux. En effet, les ERP traditionnels abordent essentiellement les flux financiers de l’organisation. Or ce que gère le SCM, ce sont les flux physiques de l’entreprise, tandis que le SRM gère les flux d'achats de produits et de services, et que le CRM gère les flux de connaissances des clients. En amont se situe le PLM, qui gère la définition des produits. Si historiquement le traitement des flux financiers a été privilégié par les entreprises, il est maintenant crucial pour elles de chercher activement à améliorer la gestion des autres flux.
      Les éditeurs généralistes ont bien compris cet enjeu, et des partenariats, des rachats de solutions existantes ou des développements de grande ampleur, ont été entrepris sur ces domaines.
    • L'intégration du décisionnel
      La prise en compte des besoins décisionnels des entreprises va également conduire à transformer le contenu des ERP. Si les outils décisionnels en tant que tels restent incontournables, de plus en plus d’éditeurs proposent des produits qui "préparent" les informations amenées à être analysées. Les plus gros éditeurs renforcent bien sûr leur offre décisionnelle, arguant de la forte intégration préexistante entre leurs ERP et leurs outils d’analyse multidimensionnelle. 2007 fut une année d’acquisition de la part de certains éditeurs d’ERP : Oracle a ainsi acquis Hyperion et SAP a mis la main sur Business Objects. L’offre décisionnelle des ERP est donc promise à une forte évolution à court et moyen terme.


  • Les nouvelles architectures : client riche et SOA
    • L'Architecture Orientée Services
      La SOA est la clé de l'évolution structurelle future des ERP.
      Dans une architecture orientée services ou Services Oriented Architecture (SOA), les ressources et les fonctions sont organisées sous forme de services. Ces services sont réutilisables et réorganisables entre eux, en fonction de l'évolution des besoins de l'entreprise, car ils sont normés. Avec un ERP conçu sur ce modèle d'architecture, Il deviendra ainsi possible de modifier la façon dont l'activité liée à une prise de commande de la part d'un client est organisée : un responsable comptable obtiendra par exemple, sous forme de tableau de bord, toutes les nouvelles commandes enregistrées dans le système d'informations. Ce même responsable comptable pourra lui-même organiser ces informations et leur synthèse : par région, par client, par commercial. Techniquement, le service, au sens SOA du terme, sera un flux de données issu du progiciel de gestion commerciale. C'est ce même flux de données qui alimentera le progiciel comptable et imputera les comptes clients correspondant aux clients ayant passé commande.
      Malgré l'apparition et la prolifération des ERP, force est de constater que les organisations (tant publiques que privées) font toujours face à des problématiques fortes liées à l'intégration entre elles des applications informatiques. La SOA s'inscrit dans la volonté d'industrialiser l'intégration. Dans ce contexte, le rôle du bus d'intégration est fédérer les échanges entre les différentes applications ou même, à un niveau inférieur, entre les services. Cette approche doit permettre de minimiser les coûts de maintenance des interfaces, de faciliter l'ajout d'application et, in fine, de maîtriser enfin l'évolution du système d'information tout en assurant la pérennité des applications.
      Cependant, il est essentiel de comprendre que ce système impose un mode asynchrone d'interactions entre les applications (à l'inverse du temps réel d'un progiciel de gestion intégré qui repose sur l'utilisation d'une unique base de données) et qu'il convient d'utiliser des services basés sur des standards. Différents organismes travaillent à l'établissement de ces standards, notamment l'OASIS, l’OAG et le W3C. La mise en œuvre d'une démarche SOA présente cependant plusieurs facteurs de risque : un accroissement de la complexité du système d'information, une perte de contrôle sur le système d'information et une qualité médiocre liée aux performances des échanges.
      Il faudra compter plusieurs années pour que l’ensemble des progiciels du marché soient réécrits en web services. Quant à leur capacité à être totalement ré-orchestrables et ré-organisables au gré des desiderata des utilisateurs, quelques années complémentaires seront encore nécessaires pour que cela soit effectivement le cas. Il n'existe aucun ERP conçu aujourd'hui sur une réelle Architecture Orientée Services.
    • Le client riche
      En revanche, le client riche prend le relais du client léger, traditionnellement accessible par un navigateur Web. Son architecture est basée sur les standards du Web. Le client riche apporte le même niveau d'ergonomie que le client d'une application client/serveur, dans le cadre d'une architecture Web. Il contient tout ou partie de la logique applicative, ainsi que certains éléments comme les éléments de sécurité, le cache de données, les composants graphiques, et le protocole de communication avec le serveur. La présence de composants applicatifs autorise le travail en mode déconnecté depuis le poste client et favorise donc de fait la mobilité (PDA, téléphones mobiles, ordinateur portable en off-line). Certains éditeurs proposent une telle interface aujourd’hui, d’autres y travaillent. C’est clairement une direction pour tous les éditeurs d’ERP. En outre, les accès déportés (accès depuis la messagerie, par widgets grâce à Windows Vista, sur un terminal mobile – type BlueBerry ou Iphone) sont en phase de généralisation chez tous les éditeurs d’ERP.
      La question des standards technologiques est d'ailleurs au cœur des préoccupations des éditeurs. La place des web services dans les développements, ainsi que le choix d’une technologie dans ce domaine (Sun avec J2EE ou Microsoft avec .NET) est à mettre en regard des préoccupations rencontrées sur ce thème dans les Directions des Systèmes d'Informations.


    >> Pour en savoir plus :
    L'Œil Expert, 9 septembre 2008

 
Mis en ligne le 09/09/2008
 
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