ASP : pourquoi les PME y vont
Par Jenny de Montaigne.
Ne plus acheter son application mais la louer à un prestataire, ne plus l'installer en interne, mais confier à un "hébergeur" la gestion des tracas liés à l'intégration, la mise en œuvre, l'administration, la maintenance et les mises à jour, pour ensuite l'exploiter son logiciel en y accédant depuis un navigateur web, et non plus depuis une interface spécifique à l'éditeur… Qu'il s'appelle ASP ou (plus moderne) SaaS, ou (plus franco-français) mode locatif-hébergé, le nouveau mode d'achat et de "consommation" de logiciels reposant sur Internet a surtout fait couler beaucoup d'encre ces dernières années, et alimenté les débats lors des nombreux séminaires, forums et salons qui lui sont consacrés.
Mais si l'ASP ne progresse que lentement sur le terrain, c'est parce qu'il représente une profonde rupture avec les modes habituels de commercialisation des logiciels, ces derniers étant (rappelons-le) inventés et imposés par les éditeurs, dont l'objectif numéro un est de préserver leurs marges et leur "parc" d'entreprises clientes… plus que de réellement innover et moderniser les pratiques de diffusion des applicatifs. La progression de l'ASP est également freinée par des craintes des responsables, notamment liées à la garantie de disponibilité de ces "services applicatifs", ainsi qu'à la maîtrise des données d'entreprise lors de leurs multiples transferts sur les réseaux entre l'hébergeur et l'entreprise (intégrité et confidentialité d'accès à ces données).
Des freins surtout "psychologiques" ?
L'institut Markess International, qui a publié récemment une étude sur le marché français, prévoit une croissance de 25% en 2008, qui portera le montant de segment à hauteur de 1,48 milliard d'euros. Au niveau mondial, Gartner avance le taux de 22% de croissance annuelle, qui hissera le segment de l'ASP, dès cette année, au delà de la barre des 5 milliards de dollars, et, d'ici à 2011, au delà des 11 milliards.
Que ce soit à +25 ou +22% annuels, l'avancée de l'ASP est donc réelle, même si elle est plus visible dans certains domaines que dans d'autres, ou plus précisément dans certains usages : par exemple, une des populations d'entreprises les moins réticentes sont les "primo-acquérantes", c'est-à-dire celles qui n'avaient pas encore acheté de vrais logiciels d'applications (avec licence éditeur) et qui utilisaient de l'Excel et du Word en lieu et place des outils éditeurs… en gros celles qui n'avaient pas encore en le temps de prendre de "mauvaises" habitudes ! Il s'agit, le plus souvent, de petites entreprises.
Le marché est donc modeste et très morcelé, mais il progresse inexorablement depuis 2005, année qui a marqué son décollage "psychologique". Entendons par là deux choses : tout d'abord, l'éducation du marché ; on peut même parler d'évangélisation, par ces prestataires d'un nouveau genre, qui ont dû apprendre en marchant et en même temps que leurs clients. Ils ont, par exemple, appris à leurs dépens qu'ils ne pouvaient pas faire l'impasse sur une forte dose d'expertise métier s'ils voulaient convaincre leurs prospects et remporter des contrats. Le second catalyseur de la banalisation de l'ASP a été l'apparition (et le partage) de meilleures pratiques, concernant les points clés de négociation avec le (ou les) futurs prestataires, ainsi que les démarches à privilégier en interne pour favoriser l'adoption des nouvelles méthodes de travail induites.
Un acteur français de l'ASP, EBP et sa filiale dédiée iTool systems, ont présenté fin septembre une enquête auprès d'un échantillon de 1125 petites (et très petites) entreprises, afin de faire remonter les éléments vraiment concrets de l'usage de l'ASP, ainsi que "du non-usage", car seulement 15% ont déjà franchi le pas et sont consommatrices de services ASP. L' étude clients publiée suite à cette enquête est divisée en deux volets : les freins déclarés par les 950 clients n'ayant pas franchi le pas, et les bénéfices reconnus par les 175 utilisateurs d'ASP.

L'étude conclut que les principaux freins sont d'ordre psychologique, les décideurs se polarisant sur la réelle disponibilité du service : 27% des entreprises craignent qu’Internet ne s’adapte pas au monde de la gestion du fait de coupures et de lenteurs. Viennent ensuite la sécurité des données, seconde raison énoncée pour 23% des entreprises, qui estiment qu’Internet constitue un risque pour leurs données ; puisla confidentialité, citée par 20% des entreprises. L'étude conclut enfin que la méconnaissance des outils est plus déterminante que la conséquence d’une mauvaise expérience. Anecdotique, mais révélateur : sur les 950 entreprises interrogées, seules 16% connaissent le terme ASP et 2% le terme SaaS.
Principaux bénéfices : mobilité et sécurité
Au chapitre des facteurs favorisant l'adoption de l'ASP, la mobilité ressort comme la première motivation des entreprises, qui apprécient de pouvoir accéder à n’importe quel moment, depuis n'importe où, via un simple navigateur Web, à leur application métier. En effet, un quart des entreprises utilisent leurs logiciels dans 3 endroits au moins et trois quarts l’utilisent au minimum au bureau et à domicile.

Ensuite, il est amusant de constater que certains facteurs constituant des freins psychologiques pour les non adeptes de l'ASP deviennent des bénéfices pour ceux qui ont franchi le pas. 46% d'entre eux citent la sécurité comme deuxième facteur de choix, car pour eux la sauvegarde à distance sécurise les données, en les mettant à l’abri de pertes ou de détériorations, et les données cryptées ne peuvent être interceptées lorsqu’elles transitent sur le réseau. L’accès multi-utilisateurs arrive en troisième position, avec 45% des citations. Il concerne les entreprises où plusieurs personnes s’occupent de la gestion (48% des entreprises ont au moins deux utilisateurs), par exemple, la direction générale et le comptable. Enfin, pour 35% des sociétés interrogées, le mode ASP facilite l’interactivité avec leur expert-comptable : plus besoin de sauvegarder et d’envoyer un CD, puisque via Internet, ce dernier a directement accès au dossier de son client.
L'Oeil Expert, octobre 2007