INTERVIEW – Benoît de la Tour, Senior Vice President and General Manager d’Infor EMEA
« Nous voulons prendre la première place sur le marché des progiciels de gestion pour Pme-Pmi »
Avec plus de 2 milliards de dollars de
chiffre d'affaires, 8 000 salariés, 70 000
clients, Infor se présente comme le troisième
éditeur mondial de progiciels de gestion. Après
avoir racheté 37 éditeurs en 5 ans – un record -
et consacré deux bonnes années à intégrer les
différentes équipes et à consolider son offre, le
groupe souhaite aujourd’hui se développer de façon
organique et par acquisitions. Avec un objectif :
s’imposer d’ici 3 à 5 ans comme le numéro un des
progiciels de gestion sur le mid-market.
En quelques années seulement, Infor a réussi à
s’imposer comme un poids lourd de l’industrie du
logiciel au niveau mondial. Mais le groupe est
encore peu connu en France. Que représente
aujourd’hui Infor dans l’Hexagone ?
La France est aujourd’hui le troisième marché
européen d’Infor, après l’Angleterre et
l’Allemagne. Le groupe ne communique pas sur les
résultats financiers de chaque filiale. Mais je
peux vous dire que l’Europe dans son ensemble pèse
particulièrement lourd dans les comptes de
l’entreprise, avec un revenu annuel de plus de 900
millions de dollars, soit 45% du chiffre
d’affaires mondial d’Infor. Le groupe, qui s’est
constitué par acquisitions, a en effet repris
plusieurs grandes entreprises qui avaient leur
berceau en Europe. Je pense notamment à Com et
Brain en Allemagne, à Baan (via le rachat de SSA)
en Hollande, ou encore à Anael en France et
SunSystems en Angleterre. Nous avons également
conservé dans chaque pays, les centres de
recherche et développement de tous ces éditeurs,
afin de maintenir un ancrage local indispensable
sur des marchés très spécifiques comme les RH ou
la finance. Résultat, le groupe compte 3100
salariés en Europe, avec une présence directe dans
16 pays.
Mais comment est organisée précisément Infor
France ?
La filiale a été constituée à partir de nos
principales acquisitions : Mapics, éditeur de
progiciels de gestion intégré pour les industriels
de taille moyenne, racheté il y a 4 ans ; Geac,
connu pour son ERP System21, son logiciel de BI
Comshare et surtout son offre RH Anael ;
Datastream et ses solutions de gestion d’actifs ;
SSA Global avec son ERP industriel Baan, ses
outils de CRM et de Supply Chain ; SunSystems et
sa solution de gestion financière. C’est une
entreprise encore jeune, puisqu’elle a été créée
en 2005 seulement, et qu’il a fallu la construire
à partir d’un héritage multiculturel et une base
installée hétéroclite. C’était un vrai challenge
et il nous a bien fallu deux années, après le «
Big Bang » de l’été 2006 (une période où Infor
a procédé à plusieurs grosses acquisitions,
ndlr), pour intégrer toutes les équipes et
leur apprendre à travailler ensemble. Pour ce
faire, nous avons regroupés tous les salariés sur
quatre sites (à Garches, Lyon, Grenoble et Rouen)
et nous avons beaucoup travaillé sur la cohésion
et la formation des managers, afin qu’ils soient
capables d’embrasser plusieurs cultures.
Aujourd’hui, Infor France emploie 348 salariés
(163 en services, 75 en ventes, 56 en support,
R&D) et compte plus de 3700 clients. Et malgré la
crise, cette base installée continue d’augmenter,
puisque nos avons gagné 100 nouveaux comptes en
2009. Nous avons également élargi notre présence
chez plus de 350 clients avec des solutions
couvrant tous les besoins étendus de ces
entreprises, notamment en termes de RH, Asset
management, chaîne logique, relation client, etc.
Justement, comment Infor France gère-t-elle la
crise que connaît actuellement l’industrie du
logiciels et des services ?
L’année 2009 a été difficile pour les éditeurs
mais aussi pour beaucoup de nos clients, qui
travaillent dans la moyenne industrie (automobile,
sous-traitance industrielle…). Sur un marché en
recul de 8%, Infor France a toutefois réussi à
augmenter de 7 % ses ventes de logiciels et de 5 %
son chiffre d’affaires global. Il faut dire, qu’en
plein cœur de la crise, nous avons continué à
investir, en développant notre couverture clients,
mais aussi nos centres d’excellence où se
concentrent des spécialistes très pointus sur
toutes les technologies de développement (Web,
.net, Java…..). Nous avons également lancé, il y a
4 mois, Infor Flex, un programme qui permet à
chacun de nos clients d’évoluer avec les produits
Infor à son rythme et à moindre coût. Tout cela
combiné a d’ailleurs fait que certaines
entreprises, qui étaient sur le point de nous
quitter, ont revu leur copie : 36 winbacks ont
ainsi été enregistrés ces 18 derniers mois en
France et en Afrique du Nord !
Infor a souvent été comparé à une auberge
espagnole des applications. Cela correspond-t-il à
la réalité ?
Depuis sa création Infor a racheté 37 entreprises.
Et à chaque nouvelle acquisition, le groupe s’est
toujours engagé à maintenir les plateformes en
service chez les clients. Cela explique pourquoi
nous avons un catalogue aussi riche au niveau
mondial. Mais notre offre est beaucoup plus
concentrée à l’échelle locale… En France, elle
s’articule autour de quelques produits majeurs sur
trois grands segments de marché : les ERP avec
Legacy et surtout LN (anciennement Baan), les
progiciels financiers avec SunSystems et Anael et
enfin les solutions étendues pour améliorer la
chaine logistique, la rotation des actifs, le CRM
ou encore la gestion de la performance et la BI.
Qui plus est, nous faisons également migrer toutes
nos solutions sur une plate-forme SOA commune,
afin de faciliter leur intégration. C’est un
travail de longue haleine, programmé sur une
dizaine d’années, mais nous en sommes déjà à la
moitié du chemin !
Quels sont vos priorités pour les années à
venir ?
L’ambition d’Infor est de devenir le numéro un
mondial des applications de gestion dans les
entreprises du mid-market, c'est-à-dire celles
dont le chiffre d’affaires se situe entre 30 et
300 millions de dollars. C’est un marché que nous
estimons à 30 milliards de dollars au niveau
mondial. Et aujourd’hui aucun éditeur ne domine ce
segment, contrairement à celui des grandes
entreprises que domine SAP. Nous nous sommes
donnés 3 à 5 ans pour arriver en pôle position,
devant Microsoft et Sage. Nous nous appuierons
pour cela sur notre base installée de 70 000
clients et notre offre produits. Mais nous allons
aussi poursuivre nos acquisitions. Le marché est,
en effet, encore suffisamment éclaté, pour que
nous puissions prendre le contrôle d’éditeurs
indépendants. Nous voulons également faire la
différence avec nos concurrents en proposant des
coûts d’implémentation plus abordables pour les
Pme-Pmi. Notre objectif est de baisser le coût
total de possession de nos offres. Pour cela, nous
poursuivons un effort de segmentation verticale de
nos logiciels et développons une méthodologie
d’implémentation express à base de Templates
métiers réutilisables…
Propos recueillis par Christiène Brancier
L'Œil Expert, 2 février 2010