INTERVIEW - Jean Leroux, président du club des Utilisateurs Francophones de SAP (USF)
«Il est essentiel de promouvoir les meilleures pratiques en matière de gestion de l’information »
L'USF vient de tenir à Paris sa convention annuelle. Réputé pour son indépendance envers SAP, le club a beaucoup œuvré pour la création d’un observatoire de la performance des entreprises, qui s’appuie sur les programmes de benchmarking du premier éditeur mondial. Pour Jean Leroux, son président, il s’agit avant tout d’aider les utilisateurs à adopter de bonnes pratiques dans tous les domaines. Ce manager, qui est DSI du distributeur Aelia (groupe Lagardère), nous parle également de la place de l’ERP au sein des entreprises et de l’avenir du modèle SaaS.
Depuis janvier 2009, l’USF milite pour une mesure précise de la contribution du système d'information à la valeur des entreprises. Pourquoi avoir engagé une telle démarche ?
Autrefois, le système d’information était essentiellement utilisé pour l’automatisation des tâches. Aujourd’hui, c’est un facteur d’innovation et de compétitivité et un moteur indispensable au développement de l’activité et de la performance des entreprises. L'USF souhaite cependant examiner plus en détail sa contribution à travers un programme de benchmarking, applicable dans des domaines aussi variés que la finance, les ressources humaines, la supply chain intégrée, les centres de services partagés, l'efficacité commerciale, ou encore le développement et l'introduction de nouveaux produits (32 enquêtes de benchmarking des performances de gestion des processus des entreprises sont déjà disponibles, ndlr). L'objectif de ce programme est de recueillir des données factuelles et confidentielles, auprès des sociétés, membres ou non de l'USF, et d’évaluer leur performance métier à travers des indicateurs pertinents. Les résultats de ces études permettront de d’identifier et de promouvoir de meilleures pratiques dans tous les domaines. C’est aussi un excellent moyen de mieux valoriser l'apport des technologies de l'information au sein des entreprises.
Concrètement, comment va se dérouler ce programme ?
L'USF s'appuie sur un service de benchmarking développé initialement par SAP dans le cadre d'une collaboration avec l'ASUG, l’équivalent nord américain de l'USF, qui a conçu les différents questionnaires. Ce service a fait ses preuves depuis 4 ans, avec déjà plus de 6 000 soumissions. Différentes enquêtes de benchmarking seront donc menées à travers toute la France par les entreprises qui le désirent (parmi les 43 entreprises européennes qui ont accepté de participer au benchmarking, figurent 7 sociétés françaises telles qu’Aelia, Air France ou encore les Fromageries BEL, ndlr). Ces entreprises recevront ensuite de SAP un rapport individualisé confidentiel, qui leur permettra de situer leur performance par rapport à un groupe de référence et d'obtenir des recommandations d'actions concrètes pour se rapprocher des meilleurs. Des forums d'échanges seront également organisés entre les membres de l'USF et des synthèses des principaux enseignements seront publiées régulièrement. Pour démarrer ce programme, l’USF a choisi deux thèmes d’études : « Les Achats/Approvisionnements ou comment accélérer les économies auprès de ses fournisseurs ? » et « La Business Intelligence/analyse de données ou comment prendre des décisions en toute confiance ? ».
Les ERP existent plus de 20 ans. Comment ces solutions de gestion du système d’information sont-elles perçues par les directions générales des entreprises ?
La plupart des ERP du marché sont aujourd’hui des boites à outils techniques parfaitement opérationnelles avec une tuyauterie qui fonctionne ! Les projets ERP ne sont donc plus vraiment des projets informatiques. Ils activent dans l’entreprise une capacité à innover, à doubler de volume, à gagner en productivité… Et le choix d’une solution est intuitivement lié à la stratégie de l’entreprise. Lorsque celle ci envisage l’achat d’un ERP, elle doit automatiquement y associer un upgrade, du time-to-market, un développement des synergies qui va lui permettre des économies d’échelle… Choisir un ERP, c’est opter pour une philosophie de gestion en sachant que l’on engage son entreprise pour 20 ans. C’est véritablement un partenariat durable. Bien sûr, cette « captivité » du client est très confortable pour les éditeurs. Mais au bout du compte, chacun doit y trouver son compte, sinon ça ne marche pas. Et, comme dans la vraie vie, les divorces coutent cher et sont souvent douloureux pour les deux partenaires. Tous ces sujets sont à aborder avec sérénité par les DSI, car il y a encore des dirigeants qui n’ont pas compris tout l’enjeu des technologies de l’information. Il faut aussi reconnaître que certains directeurs informatiques utilisent encore un langage abscond, qui n’est pas compris par les directions générales. Or, aujourd’hui, les DSI ont une vraie exigence, celle de parler le même langage que les directions métiers de l’entreprise, et de comprendre véritablement quels sont leurs enjeux. Notre profession est en pleine mutation et va devoir de plus en plus développer une intimité avec les autres services de l’entreprise. Lorsque tous les acteurs parlent le même langage, il devient plus simple de « vendre » un ERP à sa direction, car on lui vend un outil en adéquation avec les enjeux métiers de l’entreprise.
Sur quels critères une entreprise choisit-elle un ERP ?
Aujourd’hui, ce n’est pas à la direction informatique de défendre un projet ERP auprès de la direction générale. C’est aux directions métiers d’être moteur sur ce type de projet. Et pour cela, elles doivent partir des enjeux, car ce sont eux qui pilotent le choix d’un outil. Se focaliser sur le seul coût d’achat d’une solution est également une grave erreur. Investir dans un nouvel outil, c’est aussi prévoir de la formation, un plan d’accompagnement au changement. Mais c’est également un moyen de supprimer des coûts cachés, d’éliminer des pertes de temps ou plus graves des disfonctionnements dans l’entreprise. Le TCO d’un ERP doit toujours être abordé de manière globale. Quand on met en place un ERP, on installe aussi une nouvelle organisation. Il faut savoir motiver les utilisateurs pour qu’ils adhèrent au projet. Au fond, c’est d’abord une aventure humaine.
En tant que directeur informatique, que pensez-vous du modèle Software as a Service (SaaS) ?
Il y a aujourd’hui chez les utilisateurs de SAP une petite communauté, Business by Design, qui teste ce modèle. C’est un peu plus développé aux Etats-Unis qu’en France, mais on en est encore qu’aux prémisses. En termes de technologie, il faut que les éditeurs aient une vraie maturité sur ce modèle et que les utilisateurs s’y habituent. Ce qui freine encore, c’est la robustesse de certaines solutions, et une mauvaise compréhension des coûts chez certains utilisateurs qui ne voient que le prix des licences, mais oublient les frais de maintenance du matériel et des applicatifs, et le coût de toutes les ressources informatiques en interne. Mais je suis convaincu que c’est un modèle qui a de l’avenir. Et un jour, les entreprises achèteront des applicatifs comme le courant chez EDF. Ce seront d’abord des services. Les services mis à disposition des particuliers vont aider à aller dans ce sens.
Même pour de l’ERP ?
Pourquoi pas ? D’un point de vue technique, cela ne pose pas de problème. On achète bien déjà de la puissance en ligne. Reste toutefois à voir quelles seront les possibilités que nous auront de customiser les solutions qui seront proposées de cette façon. Il y a aussi toujours la crainte que les applicatifs tombent et que l’on ne puisse plus rien maîtriser en interne. Mais ce n’est sans doute qu’une impression quand on pense que l’on peut mieux maîtriser une application lorsqu’elle installée dans l’entreprise.
Propos recueillis par Christiène Brancier
L'Œil Expert, 20 octobre 2009