JEUNE EDITEUR INNOVANT – PopsiCube : donner de l'agilité à la gestion de projets
C'est l'histoire d'un très petit éditeur (4 personnes aujourd'hui) qui n'a pas encore surmonté les affres des trois premières années de son existence, parmi les plus cruciales de la vie d'une entreprise. Comme toutes les très jeunes sociétés indépendantes, PopsiCube éprouve encore les plus grandes difficultés à se faire connaître, à accroître sa clientèle et à trouver le financement nécessaire à son déploiement. Ses atouts pourtant ne manquent pas : un produit logiciel de gestion de projets original et conçu à partir d'une vraie connaissance des besoins métier, et une cible bien connue de son fondateur, l'industrie pharmaceutique.
Au départ, la prise en compte des contraintes de la recherche clinique
C'est en effet du monde des laboratoires et sociétés de services pharmaceutiques (CRO – Clinical Research Organisation), où il a travaillé pendant une douzaine d'années en tant que chef de projet en recherche clinique puis chef de projet informatique international et responsable budgets, méthodes et planification, que vient le fondateur et actuel PDG de PopsiCube. Fabrice Beauchêne (photo ci-contre), qui a suivi un cursus universitaire en chimie-biologie, est bien placé en effet pour comprendre les contraintes du secteur pharmaceutique : une très forte concurrence (celle des génériques entre autres) et des exigences fortes de qualité et d'éthique. La recherche clinique doit anticiper les changements du modèle économique imposés par la nécessité de substituer au paradigme de blockbuster (1) celui de multibuster et innover en permanence en lançant sur le marché de nouveaux médicaments et les outils de diagnostic associés. Cette industrie gère de nombreux projets, dont le budget moyen tourne autour de 4 à 5 millions d'euros et qui s'étalent sur des durées variant entre six mois et trois ans. Elle est donc est contrainte d'optimiser au maximum sa R&D pour diminuer ses coûts. "Il y a dans ce secteur un vrai besoin d'efficacité et d'agilité en matière de gestion de projets et de planification de ressources", commente Fabrice Beauchêne. Qui a pu faire le constat suivant : en 2003, il n'existait pas, sur le marché du logiciel, d'outil de gestion simple, adapté aux contraintes de réactivité de ce secteur et à la logique de son activité.
PopsiPlan, un logiciel orienté planification des ressources
Les outils de gestion de projets et de portefeuilles de projets (PPM) alors existants sont, pour la plupart, des progiciels fonctionnant de façon autonome, en version monoposte; ils ne s'intègrent pas aux logiciels métier et obéissent à une logique de suivi séquentiel et linéaire des tâches. Ce mode de fonctionnement n'est pas adapté aux exigences de réactivité, estime Fabrice Beauchêne. L'outil qu'il imagine alors doit, à partir d'un découpage des projets en périodes et d'un ensemble défini de conditions, de caractéristiques et de livrables (dits "critères d'effort"), être en mesure de calculer les besoins en ressources, de déterminer le temps nécessaire, d'anticiper et d'estimer les coûts du projet. Cette planification préalable des ressources est nécessaire au suivi du projet, dont il faut pouvoir réajuster de façon dynamique les contours en mettant régulièrement en regard le réalisé avec le planifié. On évite ainsi tout décalage entre le plan de charge, la trésorerie et le résultat obtenu. "C'est comme cela que les gens font leurs devis", explique Fabrice Beauchêne. Le logiciel dont il rêve se situe précisément à la croisée des chemins entre la gestion de projets classique (project portfolio management), la gestion des ressources (Workforce Management) et l’analyse des besoins (Demand Analysis).
ASP… ou licence classique
Un événement va lui permettre de concrétiser son idée. Il profite du rachat, en 2003, de Pharmacia (son employeur à l'époque) par le groupe Pfizer pour réorienter sa carrière. Effectuant en parallèle des missions de consulting, il travaille durant un an à la conception de ce nouveau logiciel (dont il déposera un brevet concernant le procédé de planification) et qu'il fera développer par une SSII spécialisée en développement PHP MySQL, Globalis Media Systems. En juillet 2004, il crée sa société, PopsiCube, qui amorcera son activité par des prestations de service et de développement sur mesure. Fin 2005, une première version du progiciel de gestion de projets et de planification de ressources, baptisé PopsiPlan, sera prête. L'outil sera proposé, au choix du client, soit sous forme classique de licence, formule que privilégient les grands laboratoires (qui préfèrent investir sur le long terme et aussi pour des raisons invoquées de sécurité), soit sous forme ASP, mode qui convient davantage aux petits laboratoires, au domaine de la biotechnologie, ou pour tester l'utilisation de cet outil sur un projet pilote. La commercialisation de PopsiPlan ne démarrera vraiment qu'à partir de novembre 2006. "Les prises de décision sont longues, et un tel outil réclame de la part des laboratoires une rationalisation de leurs processus", explique Fabrice Beauchêne. "De plus, pénétrer les grands comptes, pour une petite entreprise comme la nôtre, relève du parcours du combattant". Aujourd'hui, PopsiPlan compte tout de même trois entreprises clientes "installées", quatre autres en phase pilote, et "beaucoup de projets en attente de réponse".
Une stratégie commerciale encore très focalisée sur la biotech et la pharmacie
PopsiPlan (dont la V2 sortira cet été) n'est pas réservé au seul métier de la pharmacie, il est adapté à n'importe quel type de projet, assure Fabrice Beauchêne. Pour preuve, une société spécialisée dans la pêche et la conception d’hameçons vient d'adopter Popsiplan. Diversifier son marché relève surtout pour la jeune société d'une stratégie commerciale à peaufiner. "Pour l'instant, on prend ce qui tombe". Il y a là d'ailleurs un potentiel important : "Les entreprises françaises sont très en retard en matière de gestion de projets". Le coeur de cible de PopsiCube reste cependant le secteur des biotechs et de la pharmacie, "car notre connaissance de ce métier est un atout important dans l'accompagnement des projets". D'ailleurs, PopsiCube a enrichi son offre progicielle à destination de ce secteur, avec des logiciels spécifiques "progicialisés" comme PopsiMed, outil de gestion de l'information médicale issu de la demande d'un laboratoire, ou PopsiToring, outil de monitoring d'activité générant des tableaux de bord et des indicateurs métier dont les données peuvent être recueillies par stylo numérique.
La conquête du marché anglo-saxon, une priorité
Si PopsiCube réalise 75% de son chiffre d'affaires en développements sur mesure et en services, et seulement 25% en revenus progiciels, l'ambition de Fabrice Beauchêne est de réussir à inverser ce ratio en deux ans. Pour y arriver, deux conditions sont nécessaires à ses yeux : étoffer l'équipe commerciale en France pour rentabiliser les efforts engagés et, autre priorité stratégique, ouvrir une filiale à Londres avec une équipe britannique. Pourquoi Londres ? "Parce que la plupart des grands laboratoires pharmaceutiques internationaux sont des sociétés anglo-saxonnes et que c'est le premier marché à conquérir pour gagner, par ricochet, le reste de l'Europe". PopsiCube, certifiée Jeune Entreprise Innovante par le Ministère de la Recherche (et labellisée Gazelle du logiciel par le Syntec informatique), finalise un financement de 500 000 euros (OSEO, banque privée et business angels), qui devrait l'aider à financer ce déploiement. "On devrait y arriver ! ", assure Fabrice Beauchêne, résolument confiant dans l'avenir.
L'entreprise :
- Création : juillet 2004
- Fondateur : Fabrice Beauchêne
- Statut : SARL
- Financement de départ : 20 000 euros, dont 8 000 pour le capital (fonds privés)
- Activité : société de services en gestion de projets et éditeur (progiciels Popsiplan et Popsimed)
- Effectif 2007 : 4 personnes
- Chiffre d'affaires 2006 : 161 000 euros. CA 2007 : environ 300 000 euros.
(1) dans le jargon pharmaceutique, le "blockbuster" désigne un médicament capable de générer plus d'un milliard de dollars US de chiffre d'affaires par an.
Claire Leroy, L'œil Expert, mai 2007