TRIBUNE - Cloud Computing, pour en finir avec les lieux communs
Christophe Suffys, Bittle et Jean-François Pietri, d'ITPERF
Du SI traditionnel au Cloud Computing, que devient la DSI ? Quid de la sécurité et de la confidentialité des données hébergées « dans un nuage » ? Le Cloud, est-ce une réelle révolution technologique ou bien un énième nuage fumeux ?
Par Christophe Suffys, directeur général de bittle (photo) et Jean-François Pietri, président d’ITPERF
Le Cloud Computing ou « Informatique dans les nuages » permet aux entreprises de bénéficier de services informatiques externalisés sans avoir à gérer l’infrastructure en interne. Aujourd’hui, du fait des avancées technologiques des principaux acteurs du marché tels que Google, Amazon, Microsoft et IBM, le Cloud Computing offre la possibilité aux entreprises d’externaliser l’ensemble de leurs applications et de leurs données, alors hébergées dans des datacenters internationaux. Ce type de service a trois avantages : la réduction des coûts, un accès en mode self service réduit au strict besoin de l’utilisateur et une simplification de la gestion des infrastructures informatiques.
Une réponse technologique aux lourdeurs techniques
Il existe trois modèles ou « couches » de Cloud que l’on peut aisément combiner : le modèle IaaS (Infrastructure as a Service où l’entreprise garde la main sur ses bases de données, ses serveurs et délègue au prestataire le stockage et les réseaux), le modèle Paas (Platform as a Service où l’entreprise maintient ses applications et délègue le reste au prestataire), et le modèle SaaS (Software as a Service où l’entreprise délègue l’ensemble de ses applications au fournisseur). Certaines solutions sont en mode full Cloud, intégrant les trois couches ; d’autres, au contraire, ne vont reposer que sur l’un ou l’autre des modèles de Cloud.
Conjoncturellement, le Cloud Computing répond à l’enjeu énergétique lié à l’accroissement des coûts de consommation et à l’impact de la taxe carbone. Techniquement, il s’avère être une solution aux limitations liées à l’utilisation restreinte des serveurs, aux contraintes d’alimentation, d’espace et de coûts, aux retards engendrés lors du lancement de nouveaux services par les entreprises et surtout à la difficulté d’évaluer la valeur ajoutée du système d’information. La virtualisation des serveurs (par-tage et élasticité dans l’allocation des ressources, abstraction de la localisation du matériel), la facturation à l’usage (système « Pay as you go » : on ne paie que ce que l’on utilise), la disponibilité à la demande en mode self service via une interface web où l’on obtient en temps réel l’allocation de ressources supplémentaires, permettent effectivement de résoudre ces enjeux bien connus des DSI.
Aller vers le Cloud, c’est aussi prendre conscience de la fin probable de la traditionnelle frontière entre le « Build » et le « Run » tout en pariant significativement sur l’ouverture et le changement de mentalité. Les SaaS, obéissant un ADN de sécurité basé sur l’adage « Tout est autorisé sauf » contrairement aux SI actuels bâtis sur « Tout est interdit sauf… », permettent de dépasser les contraintes de cloisonnement tout en favorisant la collaboration de tous.
Définitivement orienté utilisateurs et non technicité informatique, le Cloud Computing facilite la prise en main des applications par les fonctions métiers auxquelles il s’adresse directement.
Point sensible : la sécurité
Du fait de l’hébergement externe de données internes souvent confidentielles, les questions liées à la sécurité et à la réversibilité sont vitales dans le choix d’une solution en mode Cloud Computing. En la matière, les fournisseurs de Cloud se doivent de garantir des niveaux de service et de qualité afin de répondre aux normes de conformité réglementaire et de traçabilité des données qu’ils hébergent. Ils sont soumis aux réglementations CNIL et garantissent un engagement de réversibilité tel qu’il en existe dans les contrats traditionnels d’infogérance signés entre un prestataire informatique et son client.
Public, privé, hybride : à chacun son Cloud !
Parce que le choix du Cloud Computing impacte profondément la culture de l’entreprise, chaque entité s’y tourne de façon diverse, en fonction non seulement de ses besoins mais également et surtout en fonction de son ouverture par rapport à son appréhension des évolutions de la technologie informatique.
Le choix du « Public Cloud » concerne des entreprises qui acceptent aisément la mutualisation des ressources, le partage d’un serveur entre plusieurs clients et l’accès aux applications via une interface web. Bien souvent, la démarche est en premier lieu initiée à travers l’externalisation de la messagerie, pour évoluer par la suite vers l’externalisation de l’ensemble des applicatifs de l’entreprise.
Le choix du « Private Cloud » concerne les entreprises qui ont des réticences à « sortir » leurs données de la sphère interne. Le « Private Cloud » propose un seul serveur par client et facilite la transformation de l’infrastructure interne avec des techniques de virtualisation et d’automatisation afin de délivrer plus rapidement des ressources et des services à la demande. Le fournisseur alloue alors à son client un ensemble de ressources afin que ce dernier ait une infrastructure complète.
Le choix de l’« Hybrid Cloud » concerne les entreprises qui souhaitent faire communiquer dans une même structure des applicatifs accessibles sur un Cloud privé avec des applicatifs accessibles sur un Cloud public. Les utilisateurs de Cloud privé choisissent souvent cette phase de transition avant de basculer l’ensemble de leur système sur le modèle public.
Mais que devient la DSI ?
Le passage d’un système traditionnel au Cloud Computing impacte à la fois les utilisateurs et les DSI.
Au niveau des utilisateurs, les fonctionnalités prises en main par le fournisseur, évoluent de façon continue et fluide. Elles s’enrichissent progressivement pour permettre à l’utilisateur final d’avoir accès à une application plus performante, mise à jour et à la pointe de la technologie sans coût supplémentaire.
Au niveau des DSI, les compétences techniques se rééquilibrent et la fonction a tendance à évoluer vers des postes à dimension majoritairement managériale et stratégique autour d’axes exigeant davantage de vision et d’expertise tels que la définition d’architecture, la gestion de projets, le pilotage des contrats etc.
D’un point de vue fonctionnel, cette transformation d’une technologie traditionnelle vers un système Cloud Computing est synonyme de réduction des coûts que ce soit en termes d’infrastructure, de hardware, de maintenance ou de licences.
Elle offre également l’opportunité de mettre à plat l’ensemble du système en réalisant une cartographie des processus et applications existants afin de déterminer ceux qui sont « cloudisables » et ceux qui ne le sont pas.
Dans un troisième temps, le Cloud Computing permet de positionner les ressources sur des aspects moins techniques et davantage orientés vers la veille et l’expertise Cloud, le management de projet et l’AMOA, l’architecture et l’urbanisation tout en délaissant significativement les aspects liés aux développements, au recettage ou à l’infrastructure proprement dite.
Passer du système traditionnel au Cloud Computing permet également d’augmenter significativement sa compétitivité. Cette transformation intervient alors comme un élément prépondérant dans la mise en place d’une stratégie visant à accroître les performances internes car elle permet l’extensibilité et l’adaptabilité du SI, sa virtualisation et sa mobilité tout en mutualisant et en réduisant les coûts.
Le Cloud, au final, redessine le périmètre de la fonction de DSI. Débarrassé des aspects techniques parfois contraignants, réducteurs et particulièrement chronophages, le DSI renforce sa dimension managériale au sein de l’entreprise et croit en maturité stratégique. Challenger de fournisseurs, garant des cadres contractuels, il est plus à même d’avoir le recul nécessaire pour faire face aux innovations induites du Cloud Computing. Le DSI apparaît alors davantage comme un ensemblier de solutions, visionnaire, où la maîtrise des processus et la capacité de dialogue avec les différents métiers de l’entreprise donnent une dimension nouvelle, centrale et stratégique à ce profil initialement voué à la résolution de problèmes techniques.
L'Œil Expert, 5 avril 2011