TRIBUNE – Le logiciel représente la part la plus faible de l'investissement IT !
Suite à notre édito de la semaine dernière
intitulé Piloter le budget
logiciel, question de bonne pratique
(L'Œil Expert du 19 mai ), Patrick
Bertrand, président de l'AFDEL et directeur
général de Cegid, apporte sa contribution au
débat. Nous publions ici sa réaction.
Par Patrick Bertrand, président de l'AFDEL
Je m'interroge sur les raisons pour lesquelles les
articles qui traitent de la réduction des
investissements IT des entreprises, abordent ce
sujet uniquement sous l'angle de la réduction des
achats de logiciels.
En effet, et comme vous le soulignez, les achats
de logiciels ne représentent qu'environ 10 % du
montant total des investissements IT des
entreprises. Tout dirigeant d'entreprise qui veut
mettre en œuvre une réduction de ces
investissements, quels qu'ils soient, le fait en
fonction d'une matrice de priorités, laquelle
priorise naturellement les postes dont les
montants sont les plus élevés.
Par quel contour, donc, de la pensée, le sujet de
la réduction des investissements IT est-il
systématiquement abordé au travers de la réduction
des achats de logiciels, qui représentent la part
la plus faible dans les investissements IT ?
C'est d'ailleurs une approche qui n'est pas
uniquement le fait de la presse, mais aussi des
décideurs : combien de fois ai-je rencontré des
décideurs, du secteur public et du secteur privé,
exprimer avec fierté qu'ils avaient réduit leurs
montants d'achat de logiciels. Ceux-là mêmes
étaient, dans le même temps, dans l'incapacité
d'exprimer le coût global de leur système
d'information et s'ils avaient aussi réduit leurs
autres postes de dépenses IT.
Si je puis me permettre, sans bien sûr chercher à
vous convaincre, cette question est au cœur de la
démarche de l'AFDEL : montrer qu'en réalité la
culture française est totalement orientée vers le
développement d'applications spécifiques qui est
peu usité par les Anglo-saxons. Ceux-ci ont bien
compris depuis longtemps que l'efficacité des
entreprises passe par la standardisation des
process, ce que permet le logiciel, et que peu de
chose en réalité distingue l'organisation d'une
entreprise d'un secteur avec une autre entreprise
du même secteur. A quoi bon réinventer la poudre,
d'autant plus que les logiciels actuels sont
largement paramétrables et adaptables ? Et
pourtant, c'est bien le message ambiant !
Comment ne pas avoir remarqué une étude récente,
commanditée et réalisée par une société de
services et de conseils, auprès de DSI de sociétés
du CAC 40, et qui était uniquement focalisée sur
le message : "Le cost-killing en matière d'IT :
réduire les achats de logiciels", et rappelant
que les logiciels, contradiction flagrante,
représentaient 10 % de la dépenses IT ! Veut-on
réellement aider les entreprises à prioriser leurs
investissements ou en fait défendre des intérêts ?
Sur le plan macroéconomique, cette tendance de
fond explique en large partie la faiblesse de
l'industrie française du logiciel. Chacun
comprendra bien qu'un euro investi par une
entreprise auprès d'une société de services
informatiques n'a pas la même valeur (et ce n'est
pas un jugement), en terme d'innovation et de R&D,
qu'un euro investi auprès d'un éditeur de
logiciels.
Il faudra malheureusement du temps pour que les
choses évoluent, car la source du sujet est
fondamentalement culturelle et Dieu sait si, en
France, il est difficile de faire évoluer les
mentalités et les comportements des entreprises et
des individus.
Voilà ce qui inspire la démarche de tous les
éditeurs de logiciels regroupés au sein de
l'AFDEL, qui, au delà de la défense de leurs
propres intérêts catégoriels, sont convaincus que
leurs entreprises peuvent constituer un des fers
de lance de la capacité des économies occidentales
à conforter leurs positions dans un cadre de
mondialisation accélérée, marquée par une
délocalisation des fonctions à faible valeur
ajoutée (sur ce point, il n'est d'ailleurs pas
anodin de constater que les activités de services
informatiques délocalisent très largement, ce qui
n'est pas le cas de l'industrie du logiciel pour
les raisons que vous connaissez bien).
N.B : bien sûr, quand nous parlons
d'investissements logiciels, c'est sous toutes ses
formes : achats de licences, SaaS, ASP, etc.
> Pour en savoir plus :
L'Œil Expert, 26 mai 2009