L'air de rien

L’ère du numérique n’est pas d’essence technologique. Elle marque l’étonnante et passionnante mutation des usages.

Par Henry-Michel Rozenblum, Délégué Général EuroCloud France

Le mot « civilisation » a fait une entrée remarquée dans les débats politiques. A ce terme complexe et délicat à manier pour qui n’est pas historien professionnel, je préfère l’usage d’un mot purement technique adopté par les archéologues : l’ère.

Nous connaissons tous l’ère secondaire des dinosaures, l’ère tertiaire des mammifères et l’ère quaternaire du « triomphe de l’Homme ». Ce processus d’évolution s’est déroulé avec une extrême lenteur si on le ramène à l’échelle d’une vie humaine.

Totalement à l’opposé de tout cela, débarque sur nos paisibles rivages l’homo nimbus et son ère numérique. D’aucuns parlent de révolution, certains osent l’horrible vocable de « tsunami » porteur de ruptures, voire de catastrophes…

Seul le regard des historiens du XXIIème siècle sur les évènements du XXIème permettra de porter un tel jugement de valeur. Pour autant je crois qu’il est raisonnable de parler d’évolution apportée par cette « ère du numérique ». Mais elle n’est pas là où la positionne.

Internet est perçu comme une révolution technologique alors qu’il représente plutôt, d’un point de vue conceptuel, un retour en arrière. Jusqu’à l’arrivée des mini-ordinateurs dans les années 70 puis des micro-ordinateurs dans les années 80, l’informatique était dominée par les systèmes centraux « à la IBM » et leurs cohortes de terminaux passifs. En 2012, les systèmes centraux s’appellent des « datacenters » qui hébergent aussi bien les données que les applications qui les traitent.

De même que chaque ère géologique s’est signalée par l’extinction d’espèces dominantes, cette « nouvelle ère » pourrait consacrer la disparition des dinosaures de l’informatique que sont les logiciels « tout en un ».

Les progiciels de gestion intégrée ou les ERP « je sais tout faire » ne répondent plus tout à fait aux attentes, aux budgets, aux usages. Les entreprises peuvent déjà trouver d’innombrables outils spécialisés, peu onéreux, pratiques, ergonomiques et accessibles en mode « Software as a Service ».

L’ère du numérique est plus prosaïquement celle du : « je sais accomplir une seule tâche mais je la fais bien ». Les entreprises ne veulent plus acquérir très cher un logiciel dont elles n’utiliseront qu’une partie des fonctionnalités. Elles veulent utiliser leurs logiciels quand elles en ont besoin et payer au rythme de leurs usages, voire payer une fois pour un usage unique.

Evidemment cette transformation des usages présente deux difficultés majeures, celle de l’intégration de ces outils hébergés dans le Cloud au système d’information de l’entreprise et celle de l’interopérabilité de ses outils entre eux.

Tant mieux pour une profession qui s’interroge sur son avenir : les intégrateurs. Ces baroudeurs du « dernier kilomètre » sont les seuls capables de conserver à l’entreprise la cohérence de son système d’information.

Tous ces sujets et bien d’autres encore seront au cœur des conférences, des ateliers et des débats des 7èmes états généraux du Cloud Computing, organisés par EuroCloud France avec le soutien de la CCI de Paris, le 21 mars prochain.

L'Oeil Expert, 6 mars 2012