EDITO - IA et secteur public : il y a encore loin de la coupe aux lèvres

Comparativement à d'autres pays, comme les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni ou encore le Canada, la France investit beaucoup moins dans les technologies de l'IA (Intelligence Artificielle). C'est particulièrement vrai dans le secteur public, traditionnellement toujours en retrait par rapport au secteur privé. Pourtant, ce ne sont pas les atouts et les attraits qui manquent, ni à ce secteur, ni à la France.

Le gouvernement se mobilise fortement sur le sujet : il a notamment demandé à une équipe composée de deux chercheurs, un ingénieur de l'armement de la DGA et de cinq permanents du Conseil National du Numérique (CNNum), emmenée par le député Cédric Villani, de "dresser une feuille de route sur l'IA". Il en est sorti, le 28 mars dernier, un rapport de 235 pages baptisé "Donner un sens à l'intelligence artificielle - pour une stratégie nationale et européenne". Le rapport Villani recense 135 propositions allant de l'organisation de la recherche à celle des applications industrielles en passant par le secteur public, les transports, la santé, l'agriculture et la défense et de la sécurité. Sans oublier les aspects éthiques de l'IA qu'il conseille de prendre en compte dans ses réflexions dès les premiers stades des projets et d'intégrer dans la formation des ingénieurs et chercheurs. Un large tour d'horizon, donc, et un éventail de préconisations, parmi lesquelles un certain nombre à destination directe de la DINSIC (Direction Interministérielle du Numérique et du Système d'Information et de Communication) de l'État. "L'État doit également se transformer afin d’être en mesure d'intégrer l'IA à la conduite des politiques publiques", peut-on lire dans le rapport, qui préconise un État "exemplaire", qui doit être un puissant moteur des transformations. Charité bien ordonnée commence par soi-même.

Concomitamment à la publication du rapport Villani, le président Macron a annoncé un "plan intelligence artificielle" doté de 1,5 milliards d'euros d'ici à la fin du quinquennat. Celui-ci est essentiellement destiné à créer un certain nombre d'établissements spécialisés. "Nous avons les talents, nous avons tout pour relever le défi de l'IA", a affirmé le président lors de son discours.

Dont acte. Car au-delà de ces déclarations et publications chaudes dans le ton, la réalité du terrain est sensiblement différente et l'acceptation de l'IA par les fonctionnaires n'est pas encore au rendez-vous. Comme tout le reste de la population, ils restent circonspects quant à ces technologies qu'ils maîtrisent mal ou pas du tout. Ils sont même inquiets pour leur emploi alors même qu'il leur est garanti.

Pourtant, le secteur public représente un marché colossal et les applications potentielles de l'IA y sont légion, à l'image de la diversité des applications que l'on peut aujourd'hui déjà y trouver : gestion de l'état civil à la santé, à l'éducation et à celles qui relèvent des "smart cities", gestion de l'optimisation de la consommation énergétique des bâtiments publics, de l'éclairage des villes ou encore de la gestion des places de parking. Tout ce qui touche au service au citoyen et à son amélioration a particulièrement le vent en poupe à l'heure actuelle. Tous les domaines évoqués dans le rapport Villani sont effectivement susceptibles de bénéficier de l'IA. Une grosse campagne d'évangélisation paraît nécessaire pour que ces avantages entrent dans les esprits.

Un "Expert View" intitulé "Quels domaines d'application et quels obstacles pour l'intelligence artificielle (IA) dans l'administration publique ?", que l'on doit aux analystes de PAC, le Dr Katrin Schleife et Olivier Rafal, passe en revue les divers usages potentiels ou déjà effectifs de l'IA dans le secteur public ainsi que les principaux freins à son adoption. Vous pourrez le découvrir dans la présente édition.

Pour compléter cette information, CXP Group organise, comme chaque année à l'automne, sa "Journée du Secteur Public", qui se tiendra le 8 novembre 2018. Destinée à la découverte des dernières tendances du marché et à la manière de répondre aux enjeux spécifiques de ce secteur, il y sera inévitablement question d'IA. Un rendez-vous désormais incontournable pour les décideurs IT, mais aussi métier.
 

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