Edito - IA et secteur public : ne laisser personne au bord du chemin

Nous avons déjà à maintes reprises dans ces colonnes évoqué le secteur public et plus particulièrement ses rapports et les apports potentiels de l'Intelligence Artificielle (IA) à ce secteur. Ils sont colossaux. Mais le rôle de l'État est aussi de permettre à tous les concitoyens d'accéder à l'innovation et aux apports de l'IA.
 
Une analyse de marché intitulée "Vers une administration digitale et des villes intelligentes grâce à l'intelligence artificielle", que l'on doit aux analystes de teknowlogy Group, Olivier Rafal et David Gautier, et que vous pourrez découvrir dans la présente édition de L'Œil Expert, nous explique par le menu que de très nombreuses missions de service public sont concernées par les améliorations apportées par l'IA. De la ville intelligente aux assistants vocaux, les applications potentielles de l'IA dans le service public foisonnent.
 
Le gouvernement affiche d'ailleurs clairement ses intentions : "notre ambition est de faire de la France une société numérique performante et humaine, qui permette à tous les citoyens d'accéder à leurs droits, de s'approprier les usages et potentialités numériques. 100 % de numérisation des démarches d'ici à 2022 : l'objectif est de simplifier et numériser l'action publique au quotidien et de créer les infrastructures technologiques en back-office pour permettre de la fluidité dans le partage d'information", peut-on lire sur le site du secrétaire d'État chargé du numérique, Mounir Mahjoubi. Ainsi l'Estonie, pays souvent montré comme exemple, qui revendique un taux de 99 % des services publics en ligne et qui est largement citée dans l'analyse évoquée ci-dessus, nous montre-t-elle en quelque sorte la voie.
 
Mais "ceux de nos concitoyens qui n'ont pas accès ou ne savent pas utiliser le numérique constituent aussi une priorité pour nous", a déclaré Mounir Mahjoubi à l'occasion des vœux 2019 du syndicat Syntec Numérique il y a quelques jours. De fait, le ministre n'a semble-t-il pas attendu la crise des "gilets jaunes" pour agir dans ce sens, car un "Plan national pour un numérique inclusif – Pour une France connectée" est paru dès le 13 septembre 2018.
 
On y découvre des constats alarmants, comme par exemple que 13 millions de nos concitoyens demeurent éloignés du numérique et n'utilisent pas ou peu Internet. Pire : 20 % de la population (les mêmes ou d'autres ?) ne savent pas utiliser le numérique. Ils sont 6,7 millions à ne jamais se connecter à Internet et plus de 7 millions d'internautes ne disposent que d'un faible niveau de compétences numériques et se sentent mal à l'aise dans leur utilisation des outils numériques. Le constat est sans appel : "la France accuse un retard sur les compétences et les usages numériques", dit le rapport. Le ministre prend acte de l'urgence de la situation et engage tous les acteurs du secteur public (État, collectivités territoriales, opérateurs sociaux...) mais aussi les entreprises à agir. Pour cela, il compte sur un co-financement à hauteur de 75 à 100 millions d'euros par an qui permettra d'accompagner et de former 1,5 millions de personnes au numérique. Le ministre y dit aussi clairement que la transformation numérique repose sur deux piliers : le déploiement d'infrastructures pour l'accès de tous à un réseau de bonne qualité, qui a d'ailleurs déjà donné lieu à la signature d'un accord avec les opérateurs, et l'accompagnement de chacun dans les usages, considéré comme un enjeu majeur.
 
Ainsi, si la technologie est nécessaire et indispensable à la transformation numérique du secteur public, si l'on veut vraiment que le numérique soit une chance pour tous, il est impératif de prendre aussi en compte la dimension usages et de lutter contre l'illectronisme.

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