EDITO - Quand IA et éthique font bon ménage

Le développement de l'IA (Intelligence Artificielle) est en marche - voire même en marche forcée. Et comme toutes les disruptions technologiques, son évolution est beaucoup plus rapide que celle du cadre réglementaire et légal censé l'entourer.
 
Il ne se passe pas une journée sans qu'un éditeur ou un autre acteur du marché ne se fende d'une communication relative à l'intégration - à l'instillation - d'une part d'IA dans ses solutions. Pas plus tard qu'aujourd'hui par exemple, on apprenait que la plateforme d'intelligence artificielle et de machine learning automatisée Prevision.io intégrait la communauté « Artificial Intelligence Factory » de Microsoft. Généralement chaudes dans le ton, ces communications présentent la plupart du temps ces innovations comme une forme de Graal, de nature à améliorer dans des proportions colossales la condition humaine. Rien que ça.

Seulement voilà... nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours où « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Il existe des possibilités de dérives et d'utilisations perverses, amorales, voire illégales, des nouveaux horizons qu'ouvre l'IA et les autres nouvelles technologies, comme le Big Data par exemple. Les risques concernent notamment les libertés individuelles, mais aussi - entre autres - la vie sociale et professionnelle des individus. C'est pourquoi une réflexion éthique s'impose. Les acteurs du marché l'ont bien compris et devancent les initiatives gouvernementales, réglementaires et légales, si tant est qu'elles existent. Il en va ainsi par exemple d'un éditeur comme Sage, qui a élaboré un code de conduite pour les développements IA, destiné à encourager chaque partie prenante à respecter un ensemble de valeurs fondamentales pour garantir un développement sain de cette technologie. De nombreux autres acteurs économiques on fait de même, comme par exemple l'assureur Maif, qui s'est doté d'une charte pour « un numérique humain et éthique ». On se souvient aussi des 23 principes éthiques d'Asilomar, édictés par des chercheurs du monde entier lors de la conférence éponyme, qui s'est tenue il y a tout juste un an. Toutes ces initiatives montrent qu'il y a un vrai besoin à ce niveau.

C'est particulièrement vrai dans le monde des RH, où une utilisation à mauvais escient de l'IA peut avoir des conséquences dramatiques sur les travailleurs, psychologiques bien sûr, mais aussi une affectation à un rôle professionnel qui ne correspond pas à leurs souhaits ou une mise en difficulté. Comme toute machine, tout robot et tout logiciel, les technologies d'IA ne réalisent que ce que l'Homme leur demande. On peut donc sans difficulté y introduire des biais algorithmiques susceptibles de mener à des discriminations liées au genre, à l'origine sociale ou au croyances religieuses ou philosophiques, qui s'appliqueront lors d'un processus de recrutement, par exemple. La tentation est grande aussi d'utiliser les technologies de Big Data pour analyser le parcours passé de collaborateurs ayant des parcours similaires à celui de l'individu que l'on a en face de soi et d'en déduire une orientation à lui appliquer, alors même qu'elle ne correspond absolument pas à ses aspirations. Les analyses Big Data peuvent être puissantes. Sont-elles pour autant toujours pertinentes ?

Ce sont ces constats et ces craintes qui ont poussé la jeune association Le Lab RH et le syndicat CFE-CGC à élaborer une « charte éthique et numérique RH », dont l'objet est de poser un cadre de bonnes pratiques pour l'utilisation de solutions numériques dans le domaine des ressources humaines, afin que les droits, libertés et sensibilités de chacun soient respectés. Cette initiative est pour l'heure unique en France. Initiée en juin 2017, elle a été avalisée par la CNIL en décembre dernier et publiée il y a quelques jours. S'ouvre maintenant et jusqu'à fin avril une période de consultation et de participation au cours de laquelle toute personne qui le souhaite pourra enrichir cette charte. Une validation finale par la CNIL interviendra ultérieurement, puis la commission la diffusera dans ses réseaux. Une démarche très officielle, donc, qu'on ne peut que saluer. Même si cette charte n'aura au final pas de caractère contraignant, elle aura au moins le mérite de fixer un cadre.
 

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